Chapitre 11

"Vous savez pourtant que nous ne fournissons aucun renseignement de ce genre. La vie des morts leur appartient.
- Vous avez des registres. Ils sont faits pour être consultés, pas vrai, archiveur Neuros ?
- C'est un fait. Mais seules les plus hautes instances de cette ville y sont autorisées et..."
Ornyxia sortit de sous sa tunique un massif médaillon d'argent orné d'ailes finement ciselées, et d'une dizaine de symboles. Au centre du bijou trônait un imposant saphir qui luisait doucement à la lumière blafarde des torches.
"C'est... s'étouffa l'archiveur Neuros.
- La preuve que je suis parfaitement en droit de consulter ces archives et d'obtenir les renseignements que je désire de vous, archiveur.
- Que... Que désirez-vous savoir, Neeran ? répondit l'autre, la désignant par son titre, en langue ancienne.
- Qui était Urd Takayanagi, qu'est-elle devenue ? Ce sera un bon début.
- Voici le dossier la concernant."

L'archiveur Neuros était un petit gros dégarni, et il suait à grosses gouttes devant la guerrière. L'étouffante chaleur qui régnait dans la salle des archives n'arrangeait rien à son affaire. Il n'aurait jamais cru qu'une Neeran viendrait un jour lui réclamer des dossiers. Ce genre de personnes préférait ordinairement partir en croisade ici et là, laissant la paperasse aux rats de bibliothèques comme lui. Les Neeran... Les disciples de Bonta dont les prouesses et l'acharnement au combat avaient permis une grande victoire sur les forces de Brakmar. Ils étaient, après le commandant de l'ordre, la plus haute autorité militaire de ce monde. Et l'une d'entre eux venait, là, se planter devant lui et lui demander des dossiers ! Il n'y comprenait rien.
"Mh. Qu'avez-vous sur Rahana Volat ? demanda la guerrière, d'un ton impérieux.
- V... Voici, Neeran."
Entendre ce nom n'avait fait qu'augmenter son angoisse. Pourvu qu'elle ne s'intéresse pas à lui... Si elle le faisait, il était fini, fini ! Il attendit, mortifié, tentant de ne laisser paraître qu'une attente docile.
"Qui est cet Urvan Kaarneus ? lança Ornyxia sans lever les yeux de sa lecture.
- C'est... C'était un Brakmarien. Nous n'avons aucune information à son sujet ici", répondit Neuros, soulagé.
Ouf ! C'était donc après la troupaille Brakmarienne qu'elle en avait ! Qu'attendre d'autre d'une Neeran, après tout ! Quel idiot il était de...
"Passez-moi le dossier sur Azeuko Volat."
Neuros dut se retenir pour ne pas s'étouffer. Il prit lentement, tremblant, le dossier, et lui tendit. "Voici, Neeran..." Elle va le voir, c'est sûr ! Elle ne peut pas ne pas s'en rendre compte ! Il n'aurait jamais dû accepter la requête de l'autre ! Mais il était un Neeran, lui aussi... Si au moins Neuros avait eu l'intelligence de tricher dans ces archives... Mais les archives ne pouvaient contenir de données fausses, ç'aurait été une monstruosité ! Il avait agi de la meilleure manière ! Mais cela allait lui coûter sa tête, tandis que s'il avait menti... Non ! Il n'aurait même pas dû accepter cette requête ! De toute façon, il était fini. Jamais il ne pourrait s'enfuir... Il attendit, tremblant franchement de peur, cette fois. Cette Neeran-là n'était pas commode du tout, elle n'allait pas apprécier, sûrement pas... Et si elle travaillait pour Justice ? Cela arrivait de plus en plus !
"Pourquoi manque-t-il la fin ? Les archives ne sont-elles pas censées relater la vie d'un individu jusqu'à sa mort ?
- Je... C'est que...
- Qu'est devenu Azeuko Volat ? A-t-il péri de ses blessures ? Si non, où est-il en ce moment ?
- Je... Neeran, je ne...
- Répondez ! jappa Ornyxia. Vos archives sont-elles aussi remplies de mensonges que de trous ? Quelle est la vérité ?!
- Les archives ne contiennent aucun mensonge, répondit Neuros avec une témérité qui le surprit. J'ai dû oublier de terminer cette archive, voilà t..."
Ornyxia le plaqua contre le mur et dégaina une longue dague. L'archiveur Neuros hoqueta lorsque la lame se glissa juste sous son oeil.
"Qu'est devenu Azeuko Volat ? Parlez, ou je vous fais sauter l'oeil. On verra si vous saurez toujours aussi bien archiver lorsque vous serez énucléé de frais !
- Il... Il est venu me... me trouver lorsque ses jours ne furent plus en danger de par ses blessures, bredouilla Neuros. Il voulait... Il voulait se faire passer pour mort !
- Pourquoi ? lui cria-t-elle au visage.
- Papaparce que Manta l'aurait poursuivi jusqu'à être certain de l'avoir envoyé en enfer ! Tout ce que vous avez lu était vrai, je le jure ! J'ai refusé de mentir dans les archives et les ai laissées vierges pour ne les compléter qu'à sa mort !
Neuros parlait trop vite sous l'effet de la panique. La Neeran poussa un soupir et demanda, presque gentiment : "Où est-il, à présent ?"


Neuros écouta les bruits des bottes ferrées de la guerrière sur les marches de marbre jusqu'à ne plus pouvoir les percevoir du tout, puis s'accorda de se relever. Ses jambes tremblaient encore, mais heureusement ne s'était-il pas compissé sous l'effet de la terreur. C'est qu'elle lui aurait arraché les yeux, cette sauvage ! Les guerriers étaient bien tous les mêmes ! Milicien ou Neeran, quelle différence ? Tous des brutes ! Il rangea précipitamment l'archive d'Azeuko dans un tiroir scellé. Si on la lui demandait à nouveau, il prétendrait qu'elle venait d'être volée ! De toute façon, le Neeran infirme n'en avait plus pour longtemps.
Il lissa ses robes d'archiveur, s'épongea le visage avec un petit mouchoir de soie, puis manda d'un ton autoritaire ses apprentis, leur ordonnant de ranger les dossiers utilisés par la guerrière, avant de remonter à petits pas précipités l'escalier de la salle des archives.


Ornyxia se dirigea d'un pas tranquille vers son domicile. Elle aurait préféré ne pas avoir à jouer au tyran avec ce pauvre Neuros, mais ce pleutre n'aurait jamais donné ses informations aussi rapidement sans cela. Au moins avait-elle à présent la clé de son énigme en main. Un petit frisson parcourut sa nuque. Elle détestait être suivie. Trois hommes de Justice. Des amateurs, elle n'aurait aucun mal à les semer à travers le dédale de rues qu'elle connaissait si bien. Pour aller voir Azeuko, en revanche... Ils seraient trois, et devraient faire preuve de bien plus de prudence : si Manta le savait encore en vie, le pauvre ancien guerrier n'aurait plus longtemps à vivre... Ses discussions avec Landreck et Lys lui avaient appris l'existence de cette Urd, son grade lui avait permis de trouver le seul témoin encore vivant de ce qui s'était réellement passé à cette époque. Ce qu'elle avait lu dans ces archives était-il la vérité, comme le clamait cet archiveur ? Elle ne pouvait le croire, et pourtant... C'était loin d'être impossible. Il allait sans doute lui falloir combattre à nouveau.
Elle se sentait lasse en rentrant chez elle. Ce bref retour s'annonçait plus douloureux que prévu, et elle avait encore beaucoup à faire... Une odeur appétissante l'accueillit lorsqu'elle poussa la porte, et elle trouva Lys occupée à préparer le repas. Surprise agréable, car elle ne se sentait pas d'humeur à cuisiner, ni la force d'obliger Landreck à le faire (et, à plus forte raison, d'avaler ses plats pour le moins rustiques).
"Bienvenue Ornyxia ! lança Lys, souriante.
- Bonjour, Lys. La journée s'est bien passée ?
- Pour moi qui suis restée inactive, elle fut bien longue. Pour Landreck... Je ne sais pas trop, il reste sur son lit à s'acharner sur un bout de bois, ça n'a pas dû se passer comme il l'avait prévu.
- Il n'a vraiment pas changé... murmura-t-elle pour elle-même. Laissons-le un peu, nous mettrons tout ça au clair après manger. Tu veux un peu d'aide ?
Elle se sentait un peu plus en forme, la bonne humeur de la petite Sram étant plutôt contagieuse.
- Ça ira, ça ira. Va te reposer un peu, toi aussi. Semer les mouchards toute la journée n'a pas dû être chose agréable. C'est bien la moindre des choses que je me rende un peu utile, moi qui n'ai fait qu'attendre toute la journée."
Elle lui fit un petit clin d'oeil et s'intéressa à nouveau à ses préparatifs. Ornyxia soupira légèrement, puis monta vers sa propre chambre. La petite avait raison, tout repos ne serait pas de trop en vue des jours à venir. Se plantant devant un grand miroir, elle considéra ses cheveux d'un air critique. Elle devait avoir assez de temps. Tranquillement, elle mit à chauffer de l'eau pour sa petite baignoire et profita du temps que cela lui laissait pour aller farfouiller dans ses affaires.


Moldar pirouetta vers la droite, esquivant de peu la pointe de la lance de son adversaire, dévia le coup suivant de son Croc, puis envoya un vif revers dans le heaume de son vis-à-vis. Kark grogna sous l'impact et recula de quelques pas, chancelant. Profitant de l'ouverture, Moldar bondit pour menacer sa gorge de la pointe de sa lame, mais Kark était preste comme le serpent, et la hampe fusa vers la tête du vieux loup. Il para d'un de ses bras secs et nerveux, mais ne put éviter d'être repoussé par son adversaire, qui utilisa sa lance comme barrière. Chacun reprenant vivement une posture de combat, Moldar étudia rapidement son adversaire. Il était rapide et bénéficiait d'une plus longue allonge, et savait se défendre même lorsque son adversaire perçait sa garde. Kark bondit vers lui, la lance fonçant à nouveau vers le vieux loup. Il la balaya vers la droite et tenta un nouveau revers, mais Kark était prêt, et l'esquiva prestement, avant de faucher les jambes de Moldar de la hampe de sa lance. Il se campa finalement debout au-dessus de lui, la pointe de la lance touchant à peine la gorge du vieux loup.
"T'es mort, mon vieux, commenta Kark.
- Effectivement, répondit l'autre.
Que répondre d'autre ? Il avait encore perdu !
- Tu te défends pas mal, mais t'essayes de te battre comme un chevalier, et tu te fait vieux, ajouta le maître d'armes de Justice, comme si la défaite n'était pas assez cuisante en elle-même.
- J'ai intérêt à me dépêcher de progresser si je veux te battre, alors, répondit le vieux loup en se remettant sur ses pieds.
- T'y gagneras que des bosses et des bleus de plus. Ceux qui étaient ici capables de vaincre Kark Vivelance ne sont plus de ce monde, ce Landreck les a tous les deux butés. Varn le puissant et Zendar l'insensible. Quelle perte !
- D'autres petits jeunes ne tarderont pas à les remplacer, t'en fais pas pour ça, Kark. Merci pour l'entraînement et la leçon.
- La leçon ?
- Toujours surveiller ses jambes, et ne jamais être trop confiant lorsqu'on est dans une position favorable.
- Tu l'ignorais ? Comment t'as survécu jusque là ?
- Je ne l'ignorais pas. Mais c'est le genre de leçon qu'il vaut mieux prendre très souvent si l'on veut rester en vie."
Sur ces mots, Moldar lui tourna le dos et retourna à la taverne. Un bon repas chaud et un bon verre de vin chaud lui feraient oublier la douleur qui vrillait son corps. Kark était un combattant exceptionnel et un plutôt bon professeur pour les novices, mais c'était surtout une brute épaisse.
"Hé, Vieux loup ! Tu t'es encore fait secouer les puces par Kark ?
- Zenchar...
- Ouais, ouais, j'en parle plus, ça va. Moi aussi il me met minable, le vieux Kark, tu sais. Il est trop rapide pour sa force, c'est pas humain, ça !
- C'est un bon résumé. Mais tu as au moins l'avantage de pouvoir le battre sur le plan de la force. Moi, je lui suis inférieur partout.
Moldar avait un goût amer dans la bouche, qui n'avait rien à voir avec celui du sang qui y avait coulé lorsqu'un coup violent avait atteint son heaume.
- Tu parles ! T'es foutrement plus tenace. Une vraie teigne, le vieux loup, qu'y disent, les autres ! Tu lâches jamais ta proie avant de l'avoir finie, hein ? Allez, va pas pleurer dans les jupes de ta mère de pas pouvoir battre le vieux Kark, on va s'en jeter une, ça te remettra, clama Zenchar.
- Pour une fois, je trouve que c'est une bonne idée."


"Et moi j'te dis q'tu peux pas rentrer, s'pa clair ça ?
- Mais laissez-moi entrer ! Je dois voir quelqu... Euh laissez-moi entrer ou il vous en cuira, je suis le commandant de la milice de cette ville ! piailla Noral en s'agitant.
- Mes couilles ! T'es qui tu veux, tu entres pas si j'ai dit tu entres pas. Ici c'ma porte à moi, j'lai décidé !", beugla l'ivrogne.
C'était un colossal obèse crasseux, une barbe de deux semaines poussant en picots épais et noirâtres sur ses joues. Il sentait le vin à plein nez, mais aussi beaucoup d'autres odeurs dont il valait mieux tout ignorer.
"Eh bien, arrêtez-le vous deux ! cria Noral aux deux hommes de la milice, à l'intérieur.
- On f'rait mieux pas, sauf vot' respect, commandant. Je l'ai déjà vu à l'oeuvre, ivre il est fort comme un boeuf et teigneux comme un roquet. Laissez tomber et allons boire à une autre taverne, il vous lâchera pas tant que vous s'rez là, lâcha d'une voix traînante l'archer, Tarlek.
- Il a raison m'comm'dant, mieux vaut pas provoquer des problèmes, c'pas not' rôle, pas vrai ? déclara l'autre d'une voix qui en disait long sur le peu d'estime qu'il portait à son commandant.
- Épargnez-moi vos plaisanteries, Mag ! Et s'il s'en prenait à quelqu'un d'autre, que dirait-on de nous qui l'avons laissé là ?
- Scusez, chef, scusez, mais, j'veux dire, quoi, vous êtes pas obligé d'aller justement dans CETTE taverne-là, si ? Ou alors, vous seriez attendu par quelqu'un ? Un rendez-vous galant, peut-être ? Et puis je vous l'ai dit, je le connais, il a jamais ennuyé qui que ce soit avant vous. Vous devez avoir une tête qui lui revient pas, commandant.
Mag surjouait, mais si ça se trouvait, Noral était trop con pour s'en rendre compte.
- Non, je... Non, vous avez raison, allons plutôt à la taverne du Ferrayeur.
Noral avait fortement accentué la prononciation du mot "Ferrayeur". Sans doute espérait-il que son contact serait assez intelligent pour y aller... Malheureusement pour lui, Magrek ne le laisserait pas sortir, lui.
- Mais chef, je viens de me souvenir ! On a pas le droit de boire pendant le service ! Et on est tout le temps de service depuis les réformes... Surtout vous d'ailleurs, pas vrai ? Alors rentrons vite au centre, à moins, vraiment, que vous n'ayez quelqu'un à voir ?
- Je... Je...
Noral était écarlate et l'effort qu'il faisait pour trouver une bonne excuse était presque palpable.
- Allez, venez avec nous, commandant, nous allons vous escorter, il serait indécent qu'un commandant de la milice se promène seul dans un endroit si risqué !
Tarlek le prit par le coude et l'emmena vers le centre de la milice.
- C'est ça ! Et r'viens plus à ma porte, ptit peigne-cul ! beugla Magrek perce-bedaine, agitant son triple menton.
Bon, maintenant, marmonna-t-il en faisant craquer ses poings puis en sortant une grosse dague de sa ceinture, je dois m'occuper d'un petit curieux."


Landreck lâcha à regret son couteau lorsqu'il entendit Lys frapper à sa porte et lui annoncer que le repas était prêt. Rangeant tranquillement la statuette inachevée dans son sac, il replia les coins de la petite nappe du bureau autour des copeaux de bois et de la sciure, puis se leva et descendit vers la petite salle commune. Une délicieuse odeur de nourriture emplissait celle-ci. Ornyxia n'était pas encore descendue.
Elle vint peu après, les cheveux encore humides, une serviette sur les épaules, à moitié bleuie par l'eau qui dégouttait de sa tignasse. Landreck fixa un instant la large tache, puis remit cela à plus tard. La mission en premier. Lys servit, et tous se mirent à table, remerciant la jeune Sram.
"Bon... Petit résumé de la journée ? Landreck, qu'a donné ta mission auprès de la milice ? entama Ornyxia, considérant d'un oeil critique le petit morceau de faisan piqué au bout de sa fourchette.
- Pas terrible... Le nouvel officier est un petit merdeux, il ne bougera pas le petit doigt pour nous aider, et risque même de vouloir nous arrêter. Tous les anciens de la milice me connaissent et je sais qu'ils approuvent plus ou moins notre cause, mais de là à savoir s'ils pourront se libérer de leur commandant pour agir à leur guise... Ils risqueraient gros et ils le savent, bougonna Landreck.
- Mh... Donc on ne peut pas compter sur eux. C'est fâcheux. Que fait-on pour la suite ? On ne pourra pas avoir la même crédibilité auprès des autres si la milice ne nous suit pas, intervint Lys, préoccupée.
- La suite du plan ne change pas. Il était basé sur un gros bluff, ce dernier n'en sera que plus énorme, mais nous n'avons pas le choix.
- Mblouhetehurh ?
- Avale, Landreck, répondit Ornyxia, patiente, buvant son thé calmement.
- Pardon. Je disais donc : vous êtes sûres ? Ils ont des hommes un peu partout et il leur sera facile de savoir que Noral m'a envoyé balader, ça risque de craindre pour nos peaux si on joue un peu trop les malins...
- Si même eux peuvent vous arrêter, n'espérez pas vous frotter à Manta. Tu n'es pas n'importe qui, et tu les connais plutôt bien. L'un dans l'autre, ça devrait suffire pour te permettre au moins de t'en tirer indemne si tu ne les convaincs pas.
- Mouais... Je me débrouille, quoi...
- Et si tu parviens à les convaincre, Landreck, il te faudra repasser à la Milice faire ta doléance une dernière fois. Nous ne pouvons pas nous permettre de les combattre.
- Mhpf... Je vais encore devoir supporter l'arrogance imbécile de ce Noral ?
- Je viendrai avec toi, on sait jamais, lâcha Lys.
Landreck la regarda d'un oeil critique.
- Toi ?
- Je te rappelle que je suis plus douée que toi pour les négociations.
- Avec ce merdeux, je sais pas si ça changera grand chose. Mais on va pas passer la nuit dessus. Et tes recherches Ornyxia ?
- Fructueuses. Les archiveurs se sont montrés dociles comme des agneaux. J'ai découvert pas mal de choses, et j'étais loin de tout m'imaginer. Je pense tenir le sale petit secret de Manta, et ce qui lui a fait perdre la raison. Mais j'ai surtout trouvé le seul témoin encore vivant de cette histoire. Il se nomme Azeuko Volat. Il habite encore à Bonta, sous un nom d'emprunt, dans les quartiers pauvres.
- Azeuko ? Ça n'est quand même pas celui qu'on surnommait Azeuko Tranchacier ?
Landreck avait toujours eu une certaine admiration pour les grands guerriers de son ère, et en avait rencontré un bon nombre dans sa vie d'errance.
- Celui-là même.
- Mais il est censé être mort depuis quelques années dans une escarmouche Brakmarienne menée par Urvan Kaarneus !
- C'est en effet la version officielle. Mais c'est assez éloigné de la vérité que j'ai trouvée dans ces paperasses : tout s'est déroulé au vieux Zaap de la porte des dragoeufs, et Urvan et les siens ne furent que des témoins gênants pour Manta. Comme pas mal d'autres. Quand les bontariens sont arrivés sur les lieux, ils ont trouvé des cadavres des deux camps, tous carbonisés, ils ont conclu qu'il s'agissait d'un combat qui s'était terminé sur un sort de feu malencontreux qui avait achevé les derniers vivants et brûlé les morts. Explication simpliste, mais à l'époque, ce genre de cas était si fréquent que ça n'avait rien d'aberrant.
- Et Azeuko dans tout ça ?
- Je n'ai pas encore les détails, mais Manta voulait clairement sa mort. Il a réussi à survivre, allez savoir comment, s'est fait passer pour mort et vit sa vie dans son coin. Je ne connais pas son état de santé, mais il doit être atrocement mutilé par les flammes et le combat qu'il a mené. Je vous demanderai donc un peu de délicatesse lorsque vous le verrez.
- Nous avons déjà vu pire, se défendit Lys. Quand y allons-nous ?
- Demain. Après votre mission. Discrètement, ou nous mettrons sa vie en danger.
- Parfait. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'aimerais retourner à mes petites occupations. Merci pour le repas, Lys, je n'ai pas dû manger quelque chose d'aussi bon depuis des mois.
- Landreck, avant cela, pouvons nous parler un peu ? Laisse-moi la vaisselle, Lys, repose-toi, tu auras besoin de toute ton énergie demain.
- Bien d'accord, dit Manta, j'ai aussi quelques bricoles à te demander, Ornyxia.
- Qu'avez-vous de si important à dire pour que je ne puisse l'entendre ?"
Ornyxia ne répondit rien, mais la fixa quelques secondes, avant de se diriger vers la sortie. Landreck lui jeta un regard d'excuse, puis la suivit.
Je vois..., murmura-t-elle avant de se diriger vers sa chambre, maussade. Elle fouilla tranquillement son sac et en sortit une petite fiole étiquetée. Soirée perdue, autant en profiter... Elle but l'infâme contenu de la fiole d'un trait, tituba jusqu'à son lit et laissa la drogue la plonger dans un sommeil de plomb, mais bien plus réparateur qu'un sommeil naturel.

Retour haut