Beldar

Le silence s'était fait dans l'immense salle du temple. Plus un bruit, mis à part le familier crépitement des flammes dans les braseros, de part et d'autre de la pièce. Tous les frères étaient assis, silencieux, attendant que frère Beldar prenne la parole. "Bien. Mes frères, depuis quelque temps, certains d'entre vous me demandent régulièrement de leur conter mon histoire. Je pense que le temps est venu d'accéder à leurs doléances.
Mon histoire commence dans un petit village, sur une planète sous la protection des nôtres : Ishtar IV. Les habitants sont restés au stade primitif, et évoluent à leur rythme, conformément aux lois de l'empire concernant les mondes sauvages ou en voie de développement primaire. J'ai grandi dans ce village, et appris le maniement des armes, puis me suis engagé dans l'armée locale, et ai été muté à la capitale. Une ville qui vous paraîtrait insignifiante, mais pour moi qui venait d'un simple bourg, c'était gigantesque. La ville est entourée d'un grand mur d'enceinte, et sur un des flancs se dresse une immense falaise, au sommet de laquelle le temple de la Déesse avait été installé.
Rapidement j'ai gravi les échelons et me suis retrouvé officier, à la tête d'une petite troupe de soldats. Notre principale mission était de pacifier la région des démons et mutants qui s'y trouvaient. Généralement rien d'exceptionnel, mais un jour nous reçûmes des nouvelles inquiétantes : une immense armée de ces créatures se rassemblait à l'ouest, ravageant tout sur son passage. Ils se dirigeaient vers nous, se renforçant sans cesse. Il devint rapidement évident, au fur et à mesure des rapports, que le combat aurait lieu à la capitale, et que la mort d'un des deux camps était inévitable. Des mesures furent prises et toutes les défenses furent mises en place pour l'arrivée de la horde. Je n'avais jamais vu autant de guerriers en même temps : deux ou trois compagnies des régiments réguliers de l'empire, au moins, je pense. Toute l'armée ennemie s'est massée en ligne sur les collines avoisinantes, puis ils ont chargé, tous ensemble, dans un bruit incroyable. La défense serait difficile, nous le savions tous, mais nous devions par dessus tout protéger le temple : si celui ci était détruit, la protection de la déesse cesserait, et nous aurions perdu. Alors que le combat commençait, un héraut vint me trouver sur la ligne de défense, criant qu'un petit groupe de démons énormes gravissaient la falaise. Je pris donc un groupe de braves avec moi pour aller intercepter ces monstres avant qu'ils n'arrivent au temple. C'est là que les ennuis ont commencé : ils n'étaient que sept, mais il s'agissaient du chef de la horde et de ses gardes. Le combat fut court et acharné, mais au final, je me retrouvais seul contre tous, sans qu'aucune blessure ne leur ait été infligée. Pris dans la furie de la bataille, je ne vis même pas la lame venir, et fut transpercé de part en part. C'est alors que je mourus."

Un frisson parcourut la salle.
"Mais il semblerait que la Déesse n'en avait pas décidé ainsi. Elle m'apparut, et exigea que je me relève. Mourir une seconde fois ne me tentait guère, mais on ne discute pas les ordres de la Déesse. Je lui promis donc de me battre de toutes mes forces. Elle sourit et répondit simplement "Je t'aiderai, ne t'en fais pas". Je me réveillai donc, allongé sur le sol, sans la moindre trace de la blessure qui venait de m'être infligée. Mais cette fois, c'était différent. Je sentais la Déesse venir en moi, progressivement. Je hurlai aux démons de s'arrêter, et de venir trouver la mort par ma lame. Cela fit rire le chef, qui envoya deux de ses guerriers m'achever. Ils furent sur moi en un instant. Bien trop lents. Je me retrouvai derrière eux et les tranchai en deux d'un geste fluide. Mon arme changea alors : de simple épée d'acier, elle devint la lame que vous connaissez tous. Une armure apparut sur mon corps, mais surtout, la Déesse guidait mes gestes. J'étais invincible, et je comptais bien le prouver à ces immondices. Les quatre autres gardes moururent sans même comprendre ce qui se passait, mais le chef était fort. Très fort. Notre combat dura longtemps. Je ne parvenais pas à le blesser, mais esquivais tous ses coups. Mais alors que je tentais une botte un peu trop audacieuse, il fit sauter mon épée. Je dus compter uniquement sur mon bouclier pour sauver ma vie. Une fois de plus, la Déesse me parla "Je t'ai donné toute l'aide que je pouvais, tu dois trouver le reste en toi-même. Crois-tu que je t'ai choisi au hasard, mon champion ? Trouve la force, tue cette chose et sauve les tiens !" Cela me fit sourire, parce que même si je savais me battre à l'épée, je n'avais jamais fait preuve d'aptitudes particulières. En désespoir de cause, je tendis la main vers mon épée et me concentrai. Celle-ci vint, mais je n'eus pas le temps de profiter de ma surprise. Je devais éliminer mon adversaire. Le rapport de force était inversé à présent. Malgré la puissance musculaire du monstre, je parais ses coups aisément.
J'utilisais des techniques magiques dont je n'avais alors aucune idée, et bientôt le monstre fut mort à mes pieds. Je pris quelques secondes pour reprendre mes esprits, puis me retournai vers la cité.

Des flammes. Partout. La ville brûlait, et seules quelques poches de résistances des nôtres la tenaient encore. Je m'envolai, scrutant le sol, à la recherche de mes hommes. Et je les trouvai. Je fis un piqué vers le sol, tranchant au passage tout ceux qui s'interposaient, et arrivai parmi eux, frappant de taille et d'estoc, à droite et à gauche, massacrant tous les démons devant moi. Mais ce n'était pas suffisant, et à maintes reprises je faillis me faire submerger. Au moment où j'allais abandonner, vous êtes arrivés. Une dizaine de vaisseaux aux insignes des templiers débarquèrent des troupes au beau milieu de la ville, pilonnant les démons, qui, comprenant leur défaite, se replièrent. Ils furent tous massacrés dans leur déroute. Je restai là, indécis. Pourquoi m'avait-on accordé cette force ? Je n'avais même pas été capable de protéger les miens. Comme pour mettre fin à mes interrogations, le capitaine Bellugar arriva dans son armure lourde. Il me proposa de vous rejoindre et de m'entraîner auprès de son fils : Dante. Voilà, mes frères, c'est ainsi que je vous ai rejoints."
Chaque frère se leva en silence et retourna à ses quartiers, méditant sur les paroles du frère de sang de leur nouveau maître de temple : le frère capitaine Dante.

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