Chapitre 3

Khylan peinait à contrer le déluge de sorts envoyés par la liche. Uhl profita du fait que celle-ci était occupée sur le mage pour charger, mais la créature impie stoppa la lame d'une seule main, avant d'envoyer un puissant sort de feu directement sur le barbare. Sa cape se consuma presque instantanément, mais la solide armure qu'il portait en dessous absorba la chaleur. Eleshin put enfin voir à quoi ressemblait son mystérieux compagnon. Entièrement couvert par une énorme armure d'acier aux reflets bleutés, le visage couturé de cicatrices, le crâne rasé et... un bandeau sur les yeux.
Devinant la surprise de ses compagnons, il dit simplement :
"Après avoir passé plus de deux ans sans voir aucune lumière, certains d'entre nous deviennent aveugles lorsqu'on leur enlève le bandeau."
La liche tenta un nouveau sort, mais Uhl l'évita prestement, et la frappa d'un coup sec du plat de sa lame, transformant le squelette décati en poussière.
"Coriace, cette bestiole, déclara-t-il.
- Il va falloir redoubler de vigilance. Cette liche n'était peut-être pas la seule de la tour.
- Le vrai problème est que son Maître avait pris le contrôle de son cadavre, expliqua Khylan. Une liche n'est qu'un squelette doué de magie, elle n'aurait normalement pas pu arrêter une lame à mains nues.
- Alors il y a vraiment quelque chose de très puissant ici ? demanda Eleshin.
- Oui, et c'est sans doute beaucoup plus puissant que nous.
- Alors que faisons-nous ?
- Nous ne sommes pas arrivés jusqu'ici pour partir ! affirma Uhl. Maintenant qu'on a massacré le comité d'accueil, on ne va pas faire demi-tour.
- Alors courons à notre perte !" lança joyeusement Khylan
Genial... pensa Eleshin, il se met à l'humour noir à présent... on aura tout vu. Restait le problème de la porte : un mur d'acier de dix mètres sur cinq, ça ne se déplace pas aussi facilement, à plus forte raison lorsque c'est verrouillé. Le problème disparut de lui-même en en créant un nouveau : la porte s'ouvrit, pour laisser le passage à un géant, le corps recouvert d'une armure noire ornée de pointes et de symboles menaçants. Il avait dans chaque main une énorme hache, à côté de laquelle les épées d'Uhl paraissaient être des cure-dents.
"Enfin un adversaire comme je les aime ! s'écria ce dernier, enthousiaste.
- Ne surestime pas tes aptitudes, petit humain !" se moqua le géant.

Sa voix ressemblait plus à un raclement métallique qu'à un son "organique". Encore une des perversions de ces mages noirs qui pullulaient dans la région. Sans attendre de réponse, il chargea droit sur le barbare. Celui-ci bondit à une hauteur impressionnante, et porta un coup d'estoc entre la plaque pectorale de l'armure et l'épaulière. L'arme s'enfonça profondément, mais resta coincée. Le géant hurla de douleur et abattit son arme sur Uhl, qui la para de son épée restante, avec bien des difficultés. Khylan entama une incantation mais le barbare l'arrêta : "N'interviens pas ! C'est mon combat, je suis venu ici pour ça !"
Sur ce, il se décala prestement, laissant la hache se planter profondément dans le sol, puis grimpa sur le manche énorme de celle-ci, puis sur le gantelet du géant, avant de bondir à nouveau, en direction de sa tête. Cette fois-ci, la créature se tenait prête, et envoya valser le barbare d'un coup de gantelet. Celui-ci se rétablit rapidement, et attendit patiemment le coup suivant. Celui-ci ne tarda pas, mais le barbare était prêt. D'un puissant coup à deux mains, il fendit le gantelet et la main du géant en deux, et poursuivit son coup jusqu'au coude. Profitant de la surprise du monstre, il enchaîna par un coup circulaire parfait, tranchant net le bras. Aveuglé par la douleur, le géant saisit une hache de son bras restant et frappa au hasard en direction d'Uhl. Celui-ci passa prestement dans son dos, sauta une dernière fois, pour retomber sur sa nuque, l'épée en avant. Le géant émit un gargouillis informe, vomit quelques litres de sang et s'effondra. Le barbare revint vers ses compagnons, couvert de sang et un peu sonné, mais affichant un sourire ravi : "&Cced;a faisait longtemps que je n'avais pas eu un aussi beau combat !"

Le bras d'Eleshin était presque guéri grâce aux sorts de Khylan. Uhl récupéra rapidement, et les trois compagnons décidèrent d'explorer la tour. Eleshin s'interrogeait. Il était bien à l'endroit indiqué par la carte, mais aucun souvenir ne lui revenait. Il ne se souvenait même pas de cette tour. Etait-ce vraiment là, le lieu de son unique souvenir ? Il cessa de penser à cela, préférant se concentrer sur ses sens pour ne pas être surpris par... Il ne préférait pas y penser. Pour l'instant, la tour n'était composée que d'un escalier montant au sommet, tournant le long des murs intérieurs de la tour. Le reste était parfaitement vide. Un bien étrange donjon. Arrivé au sommet, Eleshin eut un étrange pressentiment. L'impression qu'un danger imminent le guettait. Il attendit, se tenant sur ses gardes, mais à part une blague stupide de Khylan, rien ne vint. Le sommet de la tour étant une terrasse parfaitement vide, les aventuriers décidèrent de rebrousser chemin. Arrivés en bas, ils aperçurent une porte cachée derrière les escaliers, gardée par deux énormes chevaliers du chaos en armure. Ou par des armures vides, aucun moyen de le savoir : ils ne bougeaient pas d'un millimètre, même lorsqu'on les approchait. Uhl, usant de la légendaire formule barbare : "taper résoud toujours tout", frappa de toutes ses forces l'une d'entre elles, qui ne se déplaça toujours pas, mais déclara d'une voix d'outre tombe : "Vous n'êtes pas autorisés à franchir cette porte." Il avait dit ça simplement, d'un ton qui ne permettait aucune argumentation. Malgré des tentatives répétées pour détruire ces armures, les trois héros furent obligés de se résoudre à passer la nuit dans la tour. Le pressentiment d'Eleshin devint de plus en plus fort durant la nuit, à tel point qu'il le réveilla, juste à temps pour éviter la dague qui vint se ficher à l'endroit où se trouvait sa tête une demi-seconde plus tôt. Encore des assassins du Lothan, ils ne le laisseraient donc jamais en paix ? Il saisit ses dagues et réveilla ses compagnons, qui se battirent à leur tour pour leurs vies. Ces assassins-là n'avaient rien à voir avec ceux de la fois précédente. Ils étaient beaucoup plus forts, et beaucoup plus nombreux. Le combat allait être long et difficile.

Retour haut