En mauvaise posture

Toute la nuit durant, Revee fut tracassée par ses pensées. Non pas à cause de Harper, il était parfaitement capable de se défendre. Mais elle commençait à éprouver une lassitude profonde. Elle comptait les jours depuis près de huit mois maintenant. Depuis sa promotion au rang de Grand Druide en fait. A chaque pleine lune, elle avait été contrariée dans sa volonté de se rendre à l'Autel de la Lune, afin d'y devenir une Archidruide. Encore une fois, elle devrait attendre un cycle complet de lune. Elle pensait alors à Cedric Druthers, un vieil ami qu'elle avait rencontré lorsqu'ils devinrent Druides tous les deux. Ils avaient fait le Rituel du Soleil ensemble, et s'étaient jurés de faire le Rituel de la Lune ensemble. Sept fois, elle l'avait déçu. Sept fois, il avait renoncé par sa faute. Il était grand temps de lui dire que la huitième ne serait pas la bonne. Elle le ferait au matin.
Revee parvint finalement à s'endormir.

Aux premières lueurs de l'aube, Caao se réveilla. Il activa immédiatement son Œil du Sorcier, et ausculta rapidement les alentours. Seules deux personnes étaient levées dans la taverne : l'aubergiste et sa femme, certainement. Mais Harper n'était pas là. L'aura caractéristique qui émanait de lui quand il dormait n'était pas présente. Mort. Emprisonné. Resté là-bas pour surveiller. Tels furent les premiers mots auxquels Caao pensa instinctivement. Cependant, Harper était un grand prudent, contrairement à lui ; il ne pouvait pas être mort. Caao se débarbouilla le visage, s'habilla rapidement, et alla demander à l'aubergiste de quoi écrire un petit mot pour ses compagnons. Il devait absolument savoir pourquoi Harper n'était pas revenu. Peut-être n'y avait-il rien de grave, mais il s'en voudrait toute sa vie si jamais Harper périssait sans qu'il pût l'aider.
Caao sortit de la taverne et prit les airs en direction de la grotte rituelle.

Kern ouvrit les yeux. Les rayons du soleil, qui passaient par une minuscule lucarne, lui arrivaient droit dans les yeux et l'aveuglaient. Il était allongé sur le ventre sur un banc de bois très inconfortable, et n'avait plus sa cape. Que s'était-il passé ? Où était-il ? Il se remémora soudain le coup qu'on lui avait asséné sur la tête. Quel imbécile ! Il aurait dû faire plus attention. Quand on reçoit une mission aussi importante, l'on se doit de ne pas se faire capturer par l'ennemi comme un amateur. Il l'avait pourtant dit à son maître, il était peut-être encore trop jeune pour réaliser tous les dangers de cette entreprise. A dix-huit ans à peine, que pouvait-il bien faire ? Il avait lamentablement échoué. Sa seule consolation était que, de toute façon, il aurait échoué. Il en était à peu près certain. Mais il n'avait même pas pu parcourir une lieue sans se faire avoir. Quel idiot il était ! Ces remontrances faites à lui-même ne l'aidaient cependant pas plus à déterminer où il se trouvait. C'était une petite pièce sombre, vraisemblablement éclairé par une torche placée derrière lui, et la lucarne. Une cellule.

Il eut l'impression qu'on l'observait. Il décida de passer à l'offensive. On ne maltraitait pas Kern Zelle impunément. Il se releva brusquement, et, sans réfléchir, s'apprêta à jeter un sort à la première personne qu'il vit.
"Impossible.", lui dit malicieusement l'homme qui se tenait de l'autre côté des barreaux.
Kern ne comprit d'abord pas ce qu'il voulait dire, mais peu lui importait. Le plus important était de faire mal et de fuir. Il marmonna quelques incantations, mais la Boule de Flammes qu'il voulut envoyer n'apparut pas. Il recommença, sans plus de résultats.
"N'est-ce pas ?" continua-t-il.

L'homme qui maintenait Kern prisonnier était bien plus vieux que lui. Ses cheveux noirs grisonnaient par endroits, ce qui, avec la lumière, leur donnait des reflets argentés. Ses yeux bleus, très clairs, donnaient à Kern l'impression qu'ils fouillaient ses pensées. Par son aspect général, l'homme faisait penser à un sage, un homme qui avait voyagé partout et eu suffisamment de temps pour réfléchir sur le monde. En tout cas, songea Kern, il avait l'air de se connaître en magie.
"Que voulez-vous dire ? demanda Kern, en colère.
- Vous ne pensiez tout de même pas qu'on allait vous emprisonner en vous laissant une chance de vous en sortir, jeune homme ?"
Kern comprit alors la signification de ses propos. L'homme avait lui avait lancé un sort d'Esprit Faible. Et le maléfice était très puissant. Pourtant, d'habitude, les sorts de la magie de l'Esprit n'avaient pas vraiment d'effet sur lui.
"Vous allez me tuer, c'est ça ?
- Non. Pas moi, en tout cas, répondit calmement l'homme.
- Que me voulez-vous alors ?
- Moi ? Rien. Ce n'est pas moi qui vous ai amené ici. Je suis juste chargé de vous surveiller. Ne m'en demandez pas plus, je n'en sais rien.
- Et vous êtes ?
- Je ne pense pas avoir le droit de vous le dire. Je préfère vous garder dans l'ignorance jusqu'à ce que celui qui vous a amené ici en décide autrement.
- Et puis-je au moins savoir pourquoi je suis là ? demanda Kern, exaspéré.
- Je ne le sais pas moi-même, dit l'inconnu avec un sourire. Mais je doute que vous n'ayiez aucune idée à ce sujet."
Une clochette tinta quelque part.
"L'on m'appelle, dit-il doucement. Si vous me permettez, je vous laisse. Et n'essayez pas de tenter quoi que ce soit, vous gâcheriez votre énergie. Au pire, je serai au courant de tous vos agissements."
Il se tapota ostensiblement la tempe, puis laissa Kern seul dans sa cellule aux barreaux de fer rouillé. L'inconnu reviendrait, et irait lire dans ses pensées, sans que Kern pût lui résister. Quelle guigne !
Mais il y avait pire encore. Quelle serait la punition, quand son maître saurait qu'il s'était fait piéger ainsi ? Quand il saurait qu'il n'avait même pas pu accomplir sa mission ? Kern n'osait même pas y penser. Soudain, il se remémora quelque chose, et alla tâter sa botte droite. Oui ! Ça y était toujours ! Voilà qui allait peut-être faire tourner la situation à son avantage, ou en tout cas lui permettre de s'en sortir, si l'autre ne le découvrait pas. Maintenant qu'il était vraiment seul, sans personne pour l'observer ou l'espionner, il pouvait tranquillement réfléchir.

Caao arriva bientôt près de la grotte. Il se posa, puis se mit en marche jusqu'à l'endroit où ils s'étaient arrêtés la veille, et examina en premier lieu le sol. Il y avait de nombreuses traces de pas. Les siennes, celles de Jezebel, Harper, Terry et Revee. Mais il y avait aussi des traces de sabots. Un minotaure ! pensa-t-il sans réfléchir. Voilà qui était inquiétant. Quoique. Harper était suffisamment habile pour tuer un minotaure, cela ne faisait aucun doute. Mais, l'endroit était trop près de la grotte pour que le combat, si bref fût-il, passe inaperçu. En effet, des traces de pas venaient ici depuis la grotte. On avait sûrement repéré Harper.

Lorsque Caao se releva, il vit aussitôt les cadavres du minotaure et de deux hommes en armure. Harper ne semblait pas être l'un d'entre eux. Un vif sentiment de soulagement remplit Caao. Mais s'il n'était pas là, c'était qu'il était ailleurs, mais où ?

Caao sonda la montagne à l'aide de son Oeil du Sorcier. Il repéra immédiatement une douzaine d'hommes, non loin de l'entrée de la grotte, à l'intérieur de la montagne. Et il y en avait un autre, qui semblait beaucoup plus fort. Une aura noire forte, mais particulièrement difficile à sonder. Cet homme-là refusait à quiconque l'accès à son esprit. Bizarre, se dit Caao. Habituellement, les magiciens se laissaient toujours facilement sonder par les autres pour montrer à quel point ils étaient forts. Même les mages noirs. Voilà qui était nouveau. Peut-être voulait-il lancer une nouvelle mode ? Caao rit intérieurement de sa réflexion stupide. Soudain, il eut une illumination. Il n'était pas certain de ce qu'il venait de penser, mais il fallait essayer. Au pire, il fuirait.

Revee descendit tranquillement l'escalier qui menait à la salle à manger de la taverne. L'aubergiste était au bar, affairé à nettoyer des verres. Lorsqu'il la vit, il vint aussitôt vers elle :
"Un message pour vous." dit-il simplement en lui donnant un bout de papier, avant de retourner à sa tâche.
Revee le remercia, et ouvrit le petit bout de papier. Il y était écrit :
"Harper toujours pas là. Vais à sa recherche. Reviens vite. Caao"
Revee ne se fit pas vraiment d'inquiétudes. Elle connaissait Caao depuis qu'elle avait rencontré Harper, et savait combien ils étaient importants l'un pour l'autre. De toute façon, si elle avait vu Caao se préparant à partir, elle n'aurait pas pu le retenir. Personne n'aurait pu le retenir. Caao avait certes un caractère impétueux, mais il savait se montrer raisonnable quand il le fallait. Sauf quand cela concernait Harper. Revee décida donc de prendre un bon petit-déjeuner en attendant son retour.
Terry et Jezebel ne tardèrent pas à la rejoindre, et elle leur expliqua rapidement la situation. Tous deux ne s'inquiétaient guère, étant plutôt déçus de ne pas être partis à la place de Caao. Mais ils attendraient sagement. Il ne fallait surtout pas compromettre la mission en se rendant là-bas.

Une fois le petit-déjeuner fini, Revee se retira dans sa chambre. Elle s'assit sur le lit, et essaya d'établir un contact mental avec Cedric Druthers, comme elle l'avait souvent fait. Celui-ci répondit aussitôt :
"Revee ! Comment vas-tu ? Cela fait longtemps !
- Presque un mois, confirma-t-elle en pensée.
- Alors, nous retrouverons-nous au Temple de la Lune dans quatre nuits ?
- C'est de cela dont je voulais te parler, dit-elle. Une fois encore, la destinée semble aller contre moi."
Elle sentit instantanément la lassitude dans les pensées de Cedric.
"Je vois. Qu'est-ce que c'est, cette fois ?
- Une mission de la plus haute importance. Je préfère ne pas t'en parler, ça en compromettrait la réussite.
- Tu n'as pas confiance en moi ? demanda-t-il.
- Bien sur que si ! Et tu le sais, Cedric. Seulement, je ne veux pas prendre de risques.
- Très bien. J'honorerai notre promesse, et j'attendrai sagement la prochaine lune, dans ce cas.
- Si l'on ne me force pas à encore repousser l'échéance… Mais parlons plutôt de toi, Cedric, comment vas-tu ?
- J'ai connu mieux. Mais, mon association de Druides fonctionne à merveille, je ne pouvais espérer mieux.
- J'en suis ravie pour toi.
- Nous allons essayer de repousser les limites de la magie cléricale, vois-tu. Il faudrait que tu nous rejoignes.
- Oui, en effet. Je le ferai dès que possible. Il me tarde cependant que Lady Fleise m'accorde sa confiance.
- Tu ne l'auras pas. Regarde ce qui m'est arrivé.
- Certes, mais tu es d'une autre souche, tu viens de la famille que les Fleise n'ont jamais pu supporter.
- Parce que nous leur avons fait concurrence, il y a quelques générations, compléta Cedric. D'où ce conflit héréditaire. Mais, crois-moi, les Fleise ne seraient pas en meilleure vue que nous, les Druthers, s'ils n'avaient pas été propulsés à la tête de Baie Argentée par les Ironfist.
- Tu me l'as déjà dit. Sur ce, je dois te laisser, Cedric. J'espère que nous nos reverrons vite.
- Je l'espère aussi, Revee."

Harper avait largement eu le temps d'étudier la situation. Les hommes qui l'entouraient d'abord. Ils dessinaient des signes compliqués sur le sol, avec précaution, en partant du centre, vers les extrémités de la caverne. La partie centrale de la caverne était déjà recouverte de ces étranges symboles, et entourée du pentacle et de chandelles ; il restait quatre jours et quatre nuits pour achever l'œuvre magique. Tous avaient un morceau de parchemin à la main, qui devait leur donner leurs instructions. Aucun d'entre eux ne semblait connaître une once de magie, du moins, c'est ce qu'Harper ressentait en les sondant. Ils portaient tous des dagues à la ceinture. Ce n'étaient ni plus ni moins que des petits bandits tout ce qu'il y avait de plus commun. On leur proposait quelques pièces d'or pour effectuer la plus misérable des tâches dans le pire endroit possible, des tâches que l'on préférait garder secrètes, et ils accouraient. Harper ne put que les mépriser, d'autant qu'ils ne représentaient aucun danger. Un unique sort suffirait à tous les tuer. Cela expliquait leurs craintes lorsque Flendar était présent, et ils redoutaient ce Kern aussi. Kern devait donc être un sorcier capable de faire mal. Tant mieux pour lui.

La grotte ensuite. Elle était octogonale, d'un diamètre que Harper jaugeait à vingt pieds. Cela laissait assez de place pour un combat magique entre lui, ses compagnons et des mages noirs, qui seraient vraisemblablement au nombre de cinq, plus Agar et Corlagon. A priori, chacun des mages participant au rituel devrait se tenir auprès d'une chandelle pour invoquer Alphrus. Ou peut-être en serait-il autrement. Il faudrait consulter Terry, qui saurait certainement comment se passerait le rituel.

Harper avait également trouvé un moyen de se distraire. Il s'amusait beaucoup à faire peur aux hommes qui travaillaient là. Il faisait résonner son aura sombre sur les inscriptions déjà au sol, et pouvait en mesurer la qualité par les ondes magiques que celles-ci renvoyaient. Alors, quand les inscriptions ne répondaient pas à ses appels, il n'hésitait pas à crier sur les hommes, en exigeant qu'ils refassent les dessins, et en les menaçant quelque peu. Parfois, les inscriptions sur-réagissaient, et s'illuminaient ou produisaient un son bizarre, Harper lui-même ne savait comment ; mais cela effrayait considérablement les pauvres hommes, pour son plus grand plaisir.
Le matin se leva, et Harper pria intensément le ciel que ses amis vinssent pour leur donner des instructions, et pour leur dire qu'il ne lui était rien arrivé.

Terry et Jezebel avaient fini leur petit-déjeuner. Ils restaient assis, immobiles et silencieux. Terry brisa le silence.
"Eh bien Jezebel, tu es bien silencieuse, dit-il machinalement, oubliant qu'il avait été silencieux lui-même.
- En effet, répondit celle-ci. De quoi voudrais-tu que nous parlions ?
- Je ne sais pas. De nous ? Faisons connaissance. Pourquoi le Feu ?
- Ah… le Feu… une belle histoire d'amour comme il n'en existe plus guère. J'ai dû y avoir été poussée inconsciemment. Vois-tu, tout le monde dit que je viens de Regna, où les gens ont un tempérament de feu. Alors, cette idée que l'on avait de moi à dû me déteindre dessus. Et toi alors ? Pourquoi la Lumière ?
- Une revanche à prendre sur Archibald et consorts. Ce sont ses soldats qui ont tué mon père.
- Je comprends. Et Harper ?
- Quoi, Harper ?
- C'est ton demi-frère, non ?
- Ah ! Si, évidemment. Mais nous n'avons pas le même père. Lui est le fils du marchand Neil Collins. Moi, je suis le fils du soldat Terry Ros. Et puis, il a beau être mon demi-frère, nous ne nous entendons pas. Il prétendra le contraire, assurément, mais c'est du mensonge. Nous n'avons aucun avis commun sur quoi que ce soit. Nous n'avons pas les mêmes combats. Si cela ne tenait qu'à moi, je serais parti d'ici depuis un bout de temps. Oh, je suis parti à Edenbrook il y a longtemps déjà, mais on dirait que cela n'a pas suffi.
- Tu le détestes autant que cela ?
- Non pas que je le déteste. Je n'ai aucune raison de le haïr, mais je n'aime pas sa présence à mes côtés. Cela ne s'explique pas. Une affaire de frères, sans doute.
- J'aurais bien aimé avoir une sœur, qui me protégerait dans les moments difficiles…
- Avons-nous besoin de protection ?
- Bien sûr que non, pas dans le sens où tu l'entends ; un frère remonte toujours le moral, il est là quand on a besoin de lui. N'as-tu jamais entendu parler d'amour fraternel, plus fort que l'amitié encore ? Cette chose encore plus complexe que l'amour ?
- Ma foi, c'est trop compliqué pour que je puisse en faire quelque chose. C'est bien gentil à toi de vouloir te soucier de moi, mais, vraiment, je ne pense pas en avoir besoin.
- Au contraire, affirma Jezebel, ce sont les âmes les plus seules qui trouvent le plus de réconfort dans le coeur des autres. Crois-moi. J'ai toujours voulu me faire une raison de ma différence, et affirmer ce que les autres refusaient en moi. J'ai cherché la solitude. Mais, au bout d'un temps, tout cela a pesé sur moi. Et quand j'ai rencontré Revee, j'ai tout de suite compris que son coeur m'était ouvert. J'ai attendu un peu de voir si elle était vraiment sincère, et je me suis ouverte à elle aussi. Depuis, nous sommes inséparables. Mon cœur souffre avec le sien, son cœur bat avec le mien. Et je t'assure qu'il reste encore une place pour l'homme qui sera l'élu de mon cœur. Et je ne m'en sens que mieux."

Terry ne dit rien. Rien ne lui venait pour contredire ce récit.
"Je suis certaine que tu sais qu'au fond de toi, il y a une partie de ton âme qui dépérirait si Harper venait à mourir. Il est de ton sang ! Au bout d'un certain moment, la bulle que tu te fais contre Harper va éclater.
- Je n'en serais pas si sûr, dit Terry pour se conforter dans ses opinions.
- Harper n'a-t-il pas fait un mouvement dans ce sens, en te donnant cette baguette ? Je ne suis pas stupide, j'ai bien vu que vous aviez disparu du magasin, l'autre jour. J'ai juste eu le tact de ne pas t'embêter avec ça tout de suite. Malheureusement, on dirait que ta position n'a pas changé. Mais, essaye au moins. Pour Harper. Cela ne te fait rien de savoir qu'il est en train de prendre de grands risques, et que nous sommes ici, en train de discuter ?
- Je m'inquiète un peu, avoua-t-il.
- C'est déjà ça." conclut Jezebel.

Elle se leva de table, et sortit de l'auberge prendre l'air.
Terry était sidéré par ce qu'il venait d'entendre. Un jour, comme ça, il se mettrait à aimer Harper comme le frère qu'il n'avait jamais eu. C'était une drôle d'idée. Pourtant, il ne serait plus lui-même s'il aimait Harper. Il ne pouvait, et surtout ne voulait pas admettre qu'il pût supporter Harper. Certes, ils avaient un sang commun, ils avaient été nourris du même lait, ils se ressemblaient physiquement, mais c'était tout ce qui les rassemblait. Ils étaient bien trop différents. Harper, le parvenu qui se pavanait dans la haute société, et lui, simple magicien, voulant simplement rétablir l'honneur de son sang, l'honneur d'un soldat d'Ironfist. Un combat tout ce qu'il y avait de plus honorable. Et il s'était vu fermer les portes de Newton. Effectivement, il haïssait vraiment Harper. Il le jalousait. Mais ça, jamais il ne l'admettrait.

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