Chapitre 1 : Libérez Sorpigal !

"Manta ! éhooo Manta réveille-toi !" J'ouvris péniblement un oeil, encore ébloui par le sort de téléportation du vieux Falagar. Je détournai mon regard du visage de Lyna, à 15 centimètres du mien, pour observer les alentours. Une grande porte de pierre, à laquelle était suspendue une imposante pancarte "Bienvenue à Sorpigal la Nouvelle". Sacré Falagar ! Nous envoyer à l'autre bout du monde en un seul sort ! Je me levai péniblement et allai rejoindre Jerec et Natalya, les deux autres membres du groupe.
Jerec avait reçu une formation de chevalier, et avait une force physique impressionnante. Natalya, elle, était une paladin (j'ignore comment cela s'appelle). Depuis que Falagar nous avait recueillis , ces deux-là se battaient toujours côte à côte, encaissant les coups les plus durs sans broncher. Lyna était l'archère du groupe. Elle était de loin la plus adroite à l'arc d'entre nous à l'entraînement. Moi, je suis censé être le mage du groupe, mais mes connaissances en sortilèges sont malheureusement très faibles, et je ne vaux rien au corps à corps. Pourtant Falagar m'a dit un jour que j'avais un potentiel énorme. Jusqu'à présent, mon "potentiel" ne s'est pas manifesté. Les autres membres du groupe semblent néanmoins avoir une grande confiance en moi.

Mal équipés et avec peu d'expérience du combat, nous entrâmes directement en ville, afin d'éviter les immanquables démons qui pillaient la région. Nous nous dirigions vers l'auberge, afin d'acheter de la nourriture, et de rencontrer notre "contact". L'auberge était un endroit crasseux où les aventuriers de bas étage (comme nous...) venaient se reposer entre deux combats.
Après avoir acheté de quoi tenir quelques jours, nous allâmes rejoindre Andover Potvello, et nous lui remimes la Lettre que nous avait donnée Falagar avant notre départ. Andover nous récompensa largement et en profita pour nous demander de lui ramener un chandelier oublié dans le temple maudit, au sud de la ville. Nos bourses étant bien remplies, nous décidâmes de faire quelques achats. Je trouvai un grimoire pour une bouchée de pain chez l'alchimiste, et y appris les secrets de la boule de feu : "Un truc de gonzesse ! commenta Jerec, vaut mieux une bonne vieille épée de chez... (il s'interrompit pour éviter une gifle de Natalya) Nous !" en parlant, il en choisit une chez le forgeron, une énorme épée à deux mains, qu'il maniait à la perfection, le poids de la lame ne semblant pas le gêner. Natalya, elle, trouva une lance à son goût, et Lyna un arc elfe pour remplacer son arbalète.
Forts de nos nouveaux équipements, nous décidâmes d'aller nous mesurer aux gobelins qui infestaient la région. Les premiers gobelins se firent impitoyablement massacrer, libérant le pont vers le château Ironfist. Près du pont se trouvaient deux caisses pleines d'or, qui doublèrent notre enthousiasme (et notre "fortune").

Jerec était si heureux de cette trouvaille qu'il fonça droit sur le groupe suivant de gobelins, en hurlant "par ici le pognon !!!". Les premiers gobelins tombèrent comme des mouches, mais l'un d'eux, plus grand et rouge de peau, semblait plus coriace. Il frappa Jerec de toute sa force, qui para le coup avec peine, et tomba à terre. J'envoyai une boule de feu sur le monstre, mais il encaissa le coup, me regarda avec un sourire mauvais et cria d'une voix pâteuse "Toi nul ! Moi montrer quoi vrai feu être". Sur ce, il leva son épée, et porta un coup... dans le vide. Mais de son coutelas jaillit une langue de feu, qui me frappa de plein fouet. Etourdi, je tombai à terre. Jerec se releva et recula, son épée ayant été brisée par le coup du roi gobelin. Natalya me fit boire une potion rougeâtre, pendant que Lyna bombardait le gobelin de flèches, ce qui ne lui faisait pas un grand effet. De nouveau sur pied, je prêtai mon gourdin à Jerec, et préparai un sort de foudre, puisque cette sale bête semblait ne point se soucier du feu. Natalya lança une bénédiction sur Lyna, et c'est avec un moral d'acier que nous attaquâmes le féroce gobelin. Celui-ci bloqua son épée dans le gourdin de Jerec, et ne put éviter la lance de Natalya. Elle lui fit une large plaie au ventre, mon sort le sonna, et une flèche de Lyna lui arriva dans l'oeil, traversant son crâne. Il s'écroula, et nous nous précipitâmes sur son cadavre pour le fouiller. Beaucoup d'or, des bijoux, et un énorme coutelas, fait de l'acier le plus pur d'Erathia, qui fut adopté par Jerec.

Après avoir pillé une nouvelle caisse, nous nous dirigeâmes vers la tour, au sommet de la colline, point culminant de la région. "PREUMZ !!!!" s'écria Lyna en arrivant au sommet. Elle se retourna pour nous regarder terminer notre ascension, et ne se rendit même pas compte que cinq gobelins armés de massues étaient juste derrière elle. "Bah alors ? vous en mettez un..." elle ne finit pas sa phrase, un coup de massue en pleine tête la fit tomber de l'autre côté de la colline. Elle s'écroula en bas, inconsciente. Natalya étant la plus proche, elle fonça vers son corps, tandis que Jerec et moi courions vers le sommet de la colline, pour en découdre avec ces maudits gobelins. Le nouveau coutelas de Jerec marchait très bien... Les cinq têtes se retrouvèrent rapidement par terre. Nous n'eûmes pas le temps de nous réjouir, car une dizaine de gobelins arrivaient, guidés par un gobelin richement équipé, qui parlait dans une langue étrange. Sa peau bleue sembla rayonner un instant, puis il nous envoya une boule de feu. "Encore cette foutue magie !" pesta Jerec. Il occit prestement les gobelins, mais le shaman lui envoya une nouvelle boule de feu qui le déstabilisa, et le fit tomber à son tour de la colline. Je restai donc seul, sans armes, face à un énorme gobelin. Je me préparais à fuir lorsque j'entendis un cri de Natalya. Elle était entourée de gobelins qui la submergeaient peu à peu. Un vent de colère m'emporta, et, fou de rage, je me jetai sur le shaman. Surpris par mon attaque (Qui ne le serait pas ? Un humain frêle et sans arme contre un énorme gobelin armé jusqu'aux dents ?), il leva instinctivement son arme. Je me souvins des leçons d'auto-défense de Falagar, et lui saisis le poignet, le tournai d'un coup sec tout en le poussant, et il s'enfonça son propre coutelas dans la gorge.

Je saisis mon trophée et sautai de la colline. Les gobelins occupés à torturer Natalya ne me virent même pas arriver. Ils ne découvrirent ma présence que lorsque mon épée dépassa du ventre de l'un d'entre eux. Ils se levèrent rapidement, sortant leurs armes, visiblement mécontents qu'on les dérange pendant une activité si constructive. Ils me hurlèrent des insultes et des menaces dans leur langue, mais cela ne m'intéressait pas. Je voulais juste voir leurs corps s'écrouler par terre dans une mare de sang, les faire payer pour mes compagnons. Mon premier coup fut paré par un gobelin, mais j'appliquai sur lui la même technique que sur le shaman, puis lançai son arme sur le deuxième gobelin, et décapitai proprement le troisième d'un revers. Je fouillai mes camarades en quête de potions de soins, mais aucun n'en possédait. Je les examinai rapidement, un par un. Natalya était encore consciente mais incapable de se déplacer, et saignait par de nombreuses blessures, Jerec était au tapis, mais ne souffrait que d'une égratignure au visage. Mais pour Lyna, il était visiblement trop tard. Elle n'avait aucune blessure, sauf un gros bleu dû au coup de gourdin, mais elle ne respirait plus. Je n'eus pas le temps de m'en soucier, car le temps pressait pour Natalya.

Je demandai de l'aide aux villageois, qui transportèrent mes compagnons au temple, car les moines étaient, disait-on, très doués pour les soins. Après une demi-journée de convalescence, mes deux compagnons seraient sur pied. J'avais déposé le corps de Lyna sur un lit à l'auberge. Je passai la journée au pied de cette maudite colline, anéanti. Le soir, je dus me lever pour aller chercher mes compagnons au temple. Je leur expliquai alors ce qui s'était passé depuis le combat. Durant tout le trajet du retour, Jerec ne cessa de répéter "c'est de ma faute, j'aurais dû passer en premier." Natalya et moi, nous restions silencieux, gardant notre chagrin pour nous. Lorsque nous rentrâmes dans la chambre, le soir, un homme nous attendait, près de la porte. Il se nommait Sadrac. C'était un vieil homme, un de ceux qui imposent le respect par leur sagesse, un peu comme notre Falagar. Il exerçait la profession de maître guérisseur, et nous annonça qu'il lui était possible de réanimer Lyna, si son décès remontait à moins de trois jours. Je vous passerai la longue préparation du sort, complexe il faut l'avouer, de réanimation. Après deux heures de concentration magique, il lança son sort. La peau de Lyna commença à reprendre des couleurs, quittant ce blanc écœurant qu'ont les chairs des morts. Il nous annonça qu'elle serait sur pied le lendemain. Il déclina cependant notre offre de nous accompagner, mais nous annonça qu'il se tenait à notre disposition, et nous indiqua l'emplacement de sa maison. "Je vous préviens quand même, dit-il avant de partir. Normalement, la réanimation n'est pas gratuite, mais je vous ai vus vous battre ce matin, et je pense que vous êtes les Héros que tout Enroth attendait." Nous laissant à la joie de retrouver Lyna, il quitta rapidement la chambre.

Le lendemain, nous étions tous fin prêts pour retourner à l'aventure, avec plus de prudence cette fois. Je m'étais d'ailleurs procuré un livre qui me permettait de lancer un sort de soin, pour éviter d'avoir à retourner chez Sadrac. Nous partîmes en direction de l'imposante tour qui surplombait la colline. Nous avions reçu pour mission d'y exterminer les gobelins qui s'en servaient comme avant-poste. Parvenus au sommet de la colline, nous nous trouvâmes face à l'imposante porte de bois et de bronze, ornée de crânes et de pointes. Nous ne savions alors pas les monstruosités qui gardaient ce lieu maudit.

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