Chapitre 3 : Le temple maudit

Le temple était bien gardé. Des dizaines et des dizaines de gobelins nous fonçaient dessus. Ils étaient couverts par des mages. Des humains prêts à s'allier avec des démons pour pouvoir piller des villes en paix ! Comment pouvait-on lutter efficacement contre les démons si les hommes s'alliaient à eux ? Ce genre de pillards était l'un des plus grand dangers pour Enroth. Les gobelins offraient une bonne résistance, et les tirs enflammés des mages étaient incroyablement puissants.

Nous décidâmes de nous replier sur le pont. Mais alors que Jerec gravissait celui-ci, une bande de gobelins apparut dessus, venus d'on ne sait où. Nous étions coincés sur ce pont, entourés de gobelins. Alors que nous luttions sur tous les fronts, je songeai que le moment était bien choisi pour tester mon nouveau sort. Je me concentrai un instant, accumulai mon énergie dans mes mains, puis la lâchai brutalement en prononçant la formule du grimoire. Un magnifique anneau de flammes sortit des mes mains, et carbonisa tous les gobelins, tout en évitant mes compagnons. "Efficace", reconnut Jerec. Lyna me demanda de lui prêter ce grimoire lorsque nous serions de retour à l'auberge. Elle aussi maîtrisait la magie du feu. Nous fûmes interrompus dans notre rêverie par une flèche de feu qui frôla Jerec, suivie de près par une dizaine d'autres. Encore ces maudits mages. Je sortis mon coutelas et chargeai dans leur direction, suivi par le reste du groupe. Le mage se prépara à frapper. Son bâton se brisa sur ma lame, mais au moment de frapper, j'hésitai. Ce n'était pas comme tuer un gobelin ou un démon, mon adversaire était un homme comme moi. Un hérétique, certes, mais un homme. Il ne semblait pas avoir les mêmes états d'âme que moi, car il sortit une dague et tenta de me frapper au visage.
J'appliquai ma technique habituelle, mais au moment de lui planter la dague dans la gorge, je ne pus poursuivre mon geste. Toujours ces foutus états d'âme. Il fallait bien que je le tue, je le savais. C'était lui ou moi. Mais mon corps refusait de suivre mon esprit. Il profita de mon hésitation pour me mettre à terre, et s'apprêtait à m'achever, lorsque Jerec survint, et mit prématurément fin à ses jours. Le corps sans tête du mage s'écroula mollement sur moi, m'aspergeant de sang. Je venais d'assister à mon premier meurtre.
Un autre mage tenta de me frapper avec une dague, mais cette fois je n'hésitai pas, et lui tranchai les bras, avant de le couper en deux (dans le sens de la largeur bien sûr, je ne suis pas un troll...). Je venais de commettre mon premier meurtre. Mais je n'y pensais même plus. A présent, je ne faisais plus de distinction entre mes ennemis. Démons ou humains, hommes ou femmes, tout ce qui m'était hostile devait mourir. Je commençais à devenir un "monstre" mais je ne le savais pas encore.

Tous les ennemis ayant été balayés, nous entrâmes dans le temple. L'intérieur était poussiéreux, et sentait le moisi. Cet endroit était abandonné depuis des années, et la vermine l'avait envahi. Nous fûmes "accueillis" par des rats et des chauves-souris. Lorsque le carrelage blanc et noir de la pièce fut couvert de sang, notre groupe put continuer sa route. Dans le couloir, trois chemins s'offraient à nous : un tunnel descendant dans les sombres entrailles de la terre, et deux portes de bois pourri. Je décidai de commencer par les portes, car c'était sans doute là que se trouvaient les reliques du temple, sûrement accompagnées par une montagne d'or. Jerec approuva gaiement mon choix, et défonça une des portes à coups de pied.
Lorsque la porte fut totalement démolie, Jerec remarqua qu'un énorme cobra avait mordu sa lourde botte de cuir. Lyna le tua proprement avec une flèche, et nous nous tînmes sur nos gardes, craignant la présence d'autres de ces reptiles. Un puissant sifflement confirma nos craintes. Une dizaine de cobras arrivaient sur nous, accompagnés par une énorme reine cobra et sa garde prétorienne de cobras royaux. Craignant leur venin, Jerec recula, laissant Natalya seule contre les serpents. Cela ne la dérangea pas, car elle profitait de l'allonge de sa nouvelle lance pour tenir les cobras à distance, tandis que Lyna les criblait de flèches, et que je les bombardais de sorts. Cette technique fonctionna très bien sur les cobras "normaux" et royaux, mais pas sur la reine. Elle passa la garde de Natalya, et profita de son allonge pour tenter de frapper Lyna. C'était sans compter sur Jerec qui s'était visiblement ressaisi, et qui frappa le cobra de son épée. Celle-ci rebondit sur les écailles épaisses de la créature, mais la projeta au sol. Le coup suivant pénétra la peau et envoya la reine cobra rejoindre ses ouailles dans l'au-delà.

Dans la salle se trouvait un coffre, mais celui-ci ne contenait pas d'or, juste un vieux chandelier poussiéreux. Lyna l'identifia comme étant le fameux chandelier du culte recherché par Andover. "J'aurais préféré de l'or !, grommela Jerec.
- Imbécile, répondit Natalya, agacée, tu n'as jamais pensé que Andover offrirait une récompense pour ce chandelier ?"
Jerec ne répondit rien, ce qui était plutôt inhabituel pour lui, surtout quand il venait de se faire traiter d'imbécile. Peut-être devenait-il enfin tolérant ?
La deuxième porte cachait des araignées énormes (qui nous permirent de découvrir que Natalya souffrait d'arachnophobie...) et quelques pièces d'or. Le tunnel abritait quelques chauves souris... rien de bien embêtant. Nous arrivâmes dans une vaste salle, au milieu de laquelle trônait un gros coffre. Natalya s'avança pour le désamorcer, et alors qu'elle se penchait sur la serrure, il y eut un bruit de tonnerre, et une dizaine de boules de foudre jaillirent du coffre, projetant Natalya à quelques mètres de là. Jerec vint la relever en riant : "Pour une fois, c'est pas à moi que ça arrive !
- Mais je n'ai pas ouvert le coffre ! se défendit Natalya, je ne comprends rien, que s'est-il passé ?"
Elle prit une potion à sa ceinture et la but, pour se remettre en forme. Il y eut un nouveau bruit de tonnerre, et de nouvelles étincelles jaillirent du coffre fermé. "Un piège cyclique ! s'exclama Natalya , j'ai lu ça dans un livre qui apprenait à désamorcer les pièges. Ils sont impossible à arrêter, mais on peut les éviter en étant suffisamment rapide." Elle attendit le déclenchement suivant, puis ouvrit prestement le coffre, lança son contenu vers nous, et se jeta en arrière alors que le piège se déclenchait une fois de plus. Ses efforts furent récompensés au-delà de toutes espérances : deux magnifiques armures de plaques, une lourde hallebarde, et un grimoire. Natalya et Jerec prirent le temps de mettre leurs nouvelles armures, Natalya prit la hallebarde pour remplacer sa lance, et Lyna et moi apprimes le sort éclair dans le livre.
Forts de nos nouveaux équipements, nous avançâmes dans les sombres tunnels. Les nouvelles armures de Natalya et Jerec étaient incroyables : rien ne pouvait les percer. Les crochets des cobras, les mandibules des araignées, les canines acérées des chauves souris et les incisives affûtées des rats se brisaient sur l'acier, de mauvaise qualité certes, mais incroyablement solide. Après d'interminables couloirs, nous arrivâmes dans une salle où résonnaient des sanglots. Blottie dans un coin de la pièce se trouvait une petite fille, la fameuse gamine perdue ! La chance nous souriait (à elle aussi d'ailleurs...). Lyna décida de s'en occuper, son arc étant inefficace dans ces sombres tunnels. Après une nouvelle série de tunnels, Jerec, qui passait devant, découvrit un étrange dallage orné de runes, que je reconnus instantanément : un téléporteur. Il nous mena dans une grande salle, remplie d'araignées, et nous étions au milieu d'elles. Le seul problème était que les plus grandes de ces araignées mesuraient plus d'un mètre de haut. Nous décidâmes de former un carré, dos à dos, en plaçant la gamine au milieu. Lyna prépara un éclair, et moi un anneau de feu. Jerec avait déjà commencé à frapper les araignées qui déferlaient vers nous telle une vague venimeuse. Les plus grandes araignées restaient derrière, comme si elles tentaient d'analyser nos forces.
Bientôt, les petites araignées ne furent plus que de la bouillie verdâtre sur le sol de terre battue. Hurlant son cri de guerre (Banzaï... On s'est toujours demandé où il avait trouvé cela, et il nous répondait simplement "ben quoi ? c'est rigolo comme mot non ?"), Jerec les chargea, mais il fut doublé par une flèche de Lyna, qui traversa de part en part une araignée titanesque. Jerec trancha toutes les araignées en morceaux, mais l'une d'elles, probablement la reine, lui sauta au visage. Il portait heureusement un casque complet, et elle ne put que s'accrocher au métal, sans le blesser. Il était néanmoins incapable de la tuer dans cette position. Natalya vint à son secours, et empala l'arachnide sur sa hallebarde. Lorsqu'elle débarrassa celle-ci du corps de la reine araignée, le cœur resta accroché à la pointe. Elle récupéra le sanglant trophée, pour prouver sa mort.

La remontée vers la surface se fit sans incidents, et de retour à Sorpigal, le coeur fut donné au maire*, le chandelier à Andover, et la fillette à la villageoise, qui nous remercia en nous offrant à manger pour 5 jours. (Je jurerais d'ailleurs avoir entendu Jerec grommeler "radine !" lorsqu'elle nous donna notre récompense). Après une journée d'entraînement et d'achats, notre groupe décida de quitter Sorpigal, pour aller au château des Ironfist informer le régent Wilbur Humphrey de la situation d'Eau Claire. Après une soirée sans alcool (se présenter devant le roi avec la gueule de bois ne fait pas vraiment bonne impression), je m'écroulai dans mon lit, épuisé comme d'habitude.

* Je sais normalement c'est un villageois mais ça fait plus mission officielle comme ça

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