Chapitre 2

Attendre... attendre... toujours attendre... Edwin ne savait plus depuis combien de temps il était là, recroquevillé dans un coin, tout ce qu'il savait, c'était que son heure approchait... approchait... approchait... CLAC ! Ça y est, le lourd mur de pierre qui bouchait l'entrée s'était levé - Edwin retint son souffle - et un animal qu'il croyait déjà connaître depuis trop longtemps s'avançait doucement vers lui :
"Qu'est-ce que vous me voulez à la fin ?! Je ne v...
- Lève-toi ! coupa la bête en ignorant sa remarque."
Mais quelque chose ne collait pas... Edwin était mal à l'aise : aucun bruit n'était sorti de la bouche de l'animal, ses lèvres n'avaient même pas bougé !
"Comment avez-vous fait ça ?... s'étonna Edwin.
- Tu le sauras bien assez tôt, Edwin...
- Et comment connaissez vous ma langue ?! Et mon nom ?! s'entêta le chevalier.
- Si tu veux le savoir, cesse de poser des questions inutiles !"
Edwin se résigna donc à suivre l'animal vers la cour du château.
Mais que me veulent-ils à la fin ?! Ils auraient pu me tuer il y a bien longtemps ! pensa Edwin.
"Je t'ai dit de ne plus poser de questions ! s'exclama le monstre.
- Mais je n'ai rien dit !!!
Edwin sentit l'embarras de la bête ; elle s'était piégée elle-même.
- Vous lisez dans les pensées c'est ça ? lâcha Edwin.
- Pas seulement... se résigna la bête, j'ai appris ton langage en quelques fractions de seconde en scannant ta mémoire. Ainsi, je peux également communiquer avec toi par messages télépathiques.
- &Cced;a explique beaucoup de choses !... pensa Edwin.
- J'ai entendu ! ironisa l'animal.
Elle avait même su s'adapter à l'humour humain !
- Mais au fait, pourquoi la bête que j'ai tuée n'a-t-elle pas lu dans mes pensées pour déjouer mes parades ? continua Edwin.
- Nous avons les mêmes bases culturelles que vous... Les humains... Ce jeune apprenti était en plein test : il ne maîtrisait pas encore bien la télépathie, il avait été posté dans le donjon, par nous, les maîtres, afin de t'affronter... Comme tu as pu le constater, il a échoué..."
La bête pensa le dernier mot avec un accent d'amertume et de tristesse. Edwin pensa qu'il valait mieux ne plus en parler (ou y penser !).
Une fois arrivée dans la cour du château, la bête appela ses compatriotes. Tous sortirent, avec le même visage agressif. Sauf que cette fois, Edwin était à leur portée. Il avait peur : on ne lui voulait pas que du bien. Sans qu'il ait eu le temps de réagir, dix des cinquante animaux se ruèrent sur lui, le ligotèrent et l'emmenèrent vers la chapelle castrale, adjacente avec le donjon. Edwin ne comprenait rien.

Ils entrèrent dans la chapelle : elle n'avait rien d'une chapelle, elle ressemblait plutôt à une cathédrale !
Rien que le narthex était d'une richesse et d'une taille démentielles, chaque arcade donnant sur les collatéraux était d'une taille colossale et était séparée par des colonnes engagées du style corinthien des plus précis, encadrées elles-mêmes par des écoinçons d'or représentant chacun une mythologie inconnue. En avançant, Edwin se retrouva sous la voûte quadripartite, au seuil du transept. La hauteur de celui-ci était trois fois supérieure à celle d'une chapelle ordinaire ! Sa voûte en arc brisé donnait une dimension formidable à la nef déjà richement illuminée par les vitraux. Edwin et son escorte d'animaux arrivèrent au niveau du choeur. Au niveau de l'abside, derrière un autel somptueux, un homme de la taille d'un géant se tenait debout.
Tout d'abord, Edwin se sentit soulagé : un géant certes ! Mais un humain !
Mais quand il s'approcha, il s'aperçut qu'il avait la même lueur de rage dans les yeux que les bêtes.
"Artiunga glambahu !" Le géant s'était exprimé dans un souffle. Evidemment, les animaux le comprenaient.
Le chef de l'escorte assit Edwin (toujours ligoté) sur un banc de bois.
Apparemment, le géant voulait lui parler : les bêtes allaient faire office d'interprètes.
"Hurtilamoe ghek !
- Ecoute bien étranger !"
Le géant continua de parler et les animaux de traduire :
Je suis Harchouk, le dernier de mon espèce. Autrefois, nous vivions en paix dans la forteresse, tu te doutais bien qu'un château de cette taille abritait des habitants géants !... Il y a maintenant cent ans, les Fedeïnes envahirent notre royaume. Du haut de mes cinq cent ans (à l'époque), j'ai assisté au massacre des miens, à leurs exils.
Miraculeusement, j'ai échappé au carnage. Quelques jours plus tard, je me suis fait démasquer : les Fedeïnes m'ont trouvé. Je pensais qu'ils allaient me tuer ! Mais non, j'ai été épargné pour une seule raison : leur transmettre la culture de mon peuple, leur dévoiler les nombreux secrets de la forteresse. Malgré les crimes qu'ils ont commis dans mon royaume, je les défends : j'adhère à leurs idées, leur foi et leur ouverture d'esprit. En revanche, je n'aime pas votre race (il pointa Edwin du doigt) je vous trouve égoïstes, hypocrites. Bref : nous voulons vous instruire, vous ouvrir l'esprit à de nouvelles idées, vous aider.
- Mais nous ne sommes pas tous comme ça ! Et qu'est-ce que vous attendez de moi ! Je ne peux rien pour vous !
- Si justement, tu vas servir d'appât !
- Comment ça ?
- Je sais tout sur toi par l'intermédiaire des Fedeïnes, je connaît tes racines, ta famille. Tu es le fils du roi Edwin II souverain du royaume des hommes, ayant pour SEUL et UNIQUE descendant : toi ! Sans toi, le royaume deviendrait chaotique, hors de toutes lois, de tout souverain. En te gardant ici, je vais soumettre ton père à NOS idées !
Edwin resta bouche bée, tout avait été prévu, sa rencontre avec les Fedeïnes, avec le géant, son combat avec l'apprenti... Tout avait été prévu pour qu'on puisse faire ce chantage.
&Cced;a laissait à Edwin un goût amer dans la bouche, il ne savait plus quoi faire, quoi penser...
Il en revenait à son point de départ : attendre...

Retour haut