Chapitre 11

Les paysans, les forgerons, les gardes, les bouchers, les palefreniers, les pages, les seigneurs, les généraux, les messagers, les diplomates, les trésoriers, les valets, les serviteurs, les bouffons, les jongleurs, les esclaves, tout le monde, tout le monde avait été mobilisé pour la "grande guerre". Les arsenaux étaient pleins de lances, d'épées, d'arcs et d'autres armes en tous genres, délaissées par les déserteurs. A la tête de cette armée improvisée, le général Artus. Il avait décidé d'en finir avec l'ennemi. Le soldat et son acolyte, le capitaine Irqus n'avaient pas combattu depuis bien des années, depuis leur victoire sur les Hurisardes.
La bataille que les humains allaient livrer contre les Fedeïnes allait être difficile. Et d'une stupidité sans égal : l'égoïsme et la mégalomanie des hommes, contre l'arrogance et le mépris des Fedeïnes. Bien des guerres sanglantes avaient été menées pour des raisons bien maigres. Mais celle-ci... celle-ci était bien le signe que les hommes étaient destinés à mener une guerre sans merci, contre... eux-mêmes. Voilà bien leur faiblesse : leur propre puissance. Bien des peuples humains s'étaient tout simplement annulés, tous seuls, sans l'aide de personne, simplement à cause d'une querelle, gangrenée par leur caractère.
Au matin, l'armée marchait vers le château abandonné, et vers sa propre perte...

Oui, le bruit se rapprochait. Edwin et le géant avaient posé leurs armes, le temps de voir ce qui se passait. Déjà, tous les Fedeïnes s'étaient installés sur les chemins de rondes, regardant par les meurtrières et les créneaux.
Mais oui, c'était bien une armée qui approchait. Personne ne pouvait exactement dire combien ils étaient, mais on savait quelles étaient leurs intentions. Dans l'excitation générale, les Fedeïnes s'armèrent du mieux qu'ils purent : cottes de mailles rouillées, vieux pourpoints de cuir. Evidemment, à la taille des géants ; toutes les petites bêtes ressemblaient à des bébés essayant les habits de leurs pères. Dans leurs accoutrements peu confortables, ils élaborèrent rapidement une stratégie de défense et d'attaque. Une ligne de défense serait placée devant le pont-levis, vingt des mille Fedeïnes se posteraient sur les chemins de rondes et décocheraient des flèches enflammées, le reste de l'armée serait derrière le pont-levis. De cette manière, ils seraient cachés jusqu'au dernier moment par la ligne de défense, et dès que l'ennemi chargerait, la ligne de défense s'écarterait, laissant passer le gros de l'armée, et surprendraient l'armée des hommes. Mais que s'était-il élaboré en face ?...

En face, Artus savait que les Fedeïnes étaient moins expérimentés dans l'art de la guerre qu'eux, les hommes. D'après sa grande expérience sur le terrain, le général s'attendait dans ce cas à une stratégie de base : une ligne de défense qui couvre l'armée d'attaque et avec des archers sur les chemins de ronde, bref : empêcher de prendre le château.
Pour cette stratégie, les militaires avaient trouvé la parade idéale : la diversion...

Et s'ils faisaient une diversion ? Le chef de l'armée Fedeïne se posait la question peut-être un peu tardivement... Plus le temps de penser : il ne changerait pas sa tactique. Il passait dans les rangs, pour vérifier le bon fonctionnement de sa stratégie : tout était prêt, on attendait l'ennemi, avec anxiété...

Irqus se doutait que l'ennemi les attendait, la peur au ventre. Il avait prévu une diversion, simple mais efficace, avec le général Artus. Irqus était à la tête de la cavalerie, et Artus de l'infanterie. Le but du capitaine était de prendre place à gauche et à droite du château, sans se faire voir. Ainsi, lorsque l'infanterie adverse sortirait de derrière le pont-levis, il ne resterait plus à la cavalerie qu'à les prendre en tenaille, en surprenant l'ensemble de la défense et de l'attaque. L'infanterie humaine défoncerait la ligne de défense, et pourrait ainsi profiter de l'incompréhension générale pour pénétrer dans le château. Pendant ce temps la cavalerie bloquerait les derniers défenseurs en les empêchant de poursuivre l'infanterie à l'intérieur de la forteresse et achever les archers et le reste de l'infanterie. Si les Fedeïnes ne leurs réservaient pas de surprise, le plan devait marcher...

Bien qu'en pleine préparation, Cadeïne, le chef de l'armée Fedeïne n'arrivait pas à se sortir de la tête l'idée de la diversion probable. Dans le doute, et dans l'urgence, il déplaça une partie de l'infanterie sur les remparts, ayant pour ordre de se cacher jusqu'au moment donné.

Ils approchaient... de plus en plus.

La stratégie est en place, pourvu que ça marche !

Notre plan est le meilleur !

"Pour le peuple Fedeïne !"

"Pour le royaume des Hommes !"

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