Chapitre 8

Le messager galopait : cela faisait trois jours qu'il parcourait les landes, vers un château lointain.
Il portait une lettre à remettre à un dénommé Harchouk. Qui était-ce ? Le messager ne s'en souciait guère, mais ce qui l'étonnait, c'était que la lettre provienne du royaume Jernin : à qui pouvaient-ils encore écrire ? Il n'avait plus d'alliés et plus d'ennemis !

La plaine se faisait de plus en plus lugubre et terrifiante, les rares arbustes qui poussaient encore dans le sol de cendres devaient résister à des températures extrêmes ; de ce fait, ils étaient pâles et trapus.

Lorsque le château apparut à l'horizon, il collait parfaitement avec l'environnement : froid, terne, et étrange. Le messager accéléra ; il ne tenait pas à rester une seconde de plus que ne l'obligeait sa quête. Arrivé devant le lourd pont-levis, il se contenta de jeter l'enveloppe sur le chemin de pierre ; peu lui importait que le destinataire la trouve ou pas ! Il repartit au galop, la peur au ventre, souhaitant vite sortir de se paysage sordide.

Edwin était en train de rédiger un nouveau chapitre sur son parchemin, lorsque Erdeïne fit irruption dans la pièce. Il était essoufflé mais cela ne le gêna pas dans son discours télépathique :
"Une lettre du royaume de Jernin vient d'arriver : Harchouk veut que tu sois présent à la lecture afin de donner ton avis, mais avant tout pour la déchiffrer, suis-moi !
- J'arrive tout de suite ! J'ai hâte de connaître les nouvelles !
Le chevalier se dépêcha de ranger son matériel dans son endroit habituel et dévala, comme à son habitude également, les marches du haut donjon.
Il rejoignit Harchouk dans la chapelle castrale. Ils allaient commencer la lecture, lorsqu'Edwin se rappela d'un détail certes, mais qui le mettait toutefois mal à l'aise : il devait "déchiffrer" la lettre, mais si ni les Fedeïnes ni Harchouk ne savaient écrire ou lire l'écriture humaine, comment avaient-ils pu écrire la lettre à Jernin et comment espéraient-ils déchiffrer le journal de Edwin ?
Le jeune homme garda la question en tête en espérant que les Fedeïnes ne scannent pas sa mémoire...
Edwin commença la lecture tandis que Erdeïne traduisait à Harchouk.
Première surprise, la lettre n'était pas écrite pas son père ; il aurait reconnu son écriture parmi des milliers. Deuxième surprise, le cachet n'était pas le cachet royal : même si le roi ne l'avait pas écrite, cela n'écartait pas le fait que l'enveloppe devait être scellée avec son sceau ! En fait, c'était celui de la contrée de Jurnin qui fermait l'enveloppe ! Trêve de déductions inutiles, Edwin commença la lecture :

"Messire Harchouk,

Moi duc de Jurnin, j'ai trouvé la lettre de votre part adressée à mon bon roi. Et je ne sais pas quelle espèce de poudre vous avez mis dans l'enveloppe (j'en ai retrouvé un reste au fond de celle-ci), mais j'ai constaté que votre mixture associée au contenu de la lettre (bien ambitieux d'ailleurs), a eu des effets bien déplorables sur notre altesse : effectivement, il a sombré dans une démence profonde. Suite à celle-ci, il est dans l'incapacité de nous dire ce qui s'est passé, et, plus fâcheux encore, incapable de gouverner notre bon royaume. J'espère que vous trouverez vite une solution avant que notre peuple sombre dans le chaos.

Le Duc de Jurnin, serviteur du roi deuxième du nom, Edwin."

Edwin était sous le choc ; son père, fou ! A cause de Harchouk !
"Qu'est-ce que tu lui as fait, Harchouk ?! demanda Edwin.
- Il n'a pas dû supporter la lettre et la potion... déduisit Erdeïne.
- Tu l'as rendu fou ! Espèce de monstre !
- On ne pouvait pas le prévoir Edwin, je n'y peux rien ! Maintenant, tous nos plans sont fichus... traduisit le Fedeïne.
- Mais qui va prendre le commandement du royaume ?
- ...Je n'en sais rien... Peut-être ce duc de Jurnin ?
- Vu sa réaction, il va vouloir nous détruire !
- Je n'ai plus besoin de toi Edwin : tu peux sortir, j'ai à réfléchir...
Edwin sortit, frustré.
Erdeïne le raccompagna dans le donjon où il continua son journal :

"Harchouk m'a trahi, il m'avait dit qu'il ne ferait pas de mal à mon peuple : il est maintenant mon ennemi. Durant ces semaines d'emprisonnement, j'ai appris à cacher mes pensées pour que les Fedeïnes ne découvrent pas mes secrets. Ce journal est mon dernier espoir...
Ce soir, je vais découvrir LEURS secrets..."

Comme toujours, Edwin était recroquevillé dans son coin. Et comme tous les soirs, Erdeïne venait lui apporter son repas, avec évidemment une mixture des Fedeïnes dissoute dans l'eau. La porte de pierre s'ouvrit sur le petit Fedeïne :
"Bonjour Erdeïne !
- Bonjour Edwin.
Il avait l'air préoccupé.
- Edwin... euh... j'ai scanné ta mémoire... et... je ne vois plus rien ; que manigances-tu ?
- Tu ne diras rien, menaça Edwin, tu ne peux plus me contrôler ! Je suis le ROI ! Je peux TOUT t'imposer !!! Tu ne peux plus me contrôler ! TRAITRE ! MONSTRE !
- Oh mon dieu ! Toi aussi tu es fou ! C'est notre faute ! Laisse-nous nous rattraper !
- Il n'y a plus rien à faire ! C'est la fin de votre espèce ! Bientôt, mon armée débarquera pour vous faire regretter vos gestes ! PERSONNE ne retient prisonnier EDWIN III ! PERSONNE !!!
Edwin dégaina son épée d'un geste rageur :
- Tu ne me sers plus à rien, adieu Erdeïne !
Le chevalier fou, d'un geste net et précis, transperça le pauvre Erdeïne sans aucun bruit, et celui-ci se retrouva coupé en deux, tous organes dehors.
- Tu l'as mérité ! LÂCHE !
Edwin dévala les marches, son journal dans une main, son épée dans l'autre. Il savait où se cachait le secret, il ne restait plus qu'à le trouver.

Il poussa la lourde porte de la chapelle. Harchouk, par chance, n'y dormait pas.
A pas de velours, il longea les arcades et se dirigea vers le transept. Une fois celui-ci passé, il entra dans le choeur, et dépassa l'autel. Il sentait le secret tout proche... Il était là, dans cette chapelle, ça ne pouvait pas être autre part... Il s'avança vers le fond de la chapelle. D'après ses connaissances, celui-ci était appelé chapelle d'axe. Or, après le déambulatoire et l'abside (au centre du choeur) il n'y avait rien, juste un mur de pierre brute. Il sentait un passage. La folie d'Edwin avait éveillé ses sens.
Il tâta le mur à la recherche d'un creux pouvant contenir un interrupteur. En quelques secondes, il trouva, logé dans une pierre du mur, un bouton rugueux et épais. Il était bancal mais il pouvait l'enfoncer. On sentait qu'il n'avait pas servi longtemps. Il appuya et là...

Retour haut