Chapitre 12

"Chargez !"
Dans un nuage de poussière, l'infanterie des hommes chargea...
Les Fedeïnes, au dernier moment, ouvrirent leur ligne de défense pour laisser passer leur infanterie ; la mâchoire des humains se refermait peu à peu sur les petits animaux. "J'en étais sûr !" s'exclama Cadeïne.
La deuxième phase du plan se déroulait comme prévu, dans les cris désespérés des Fedeïnes, la cavalerie tenaillait l'infanterie ennemie tandis que celle des humains enfonçait la défense afin d'entrer dans château.
La bataille était d'une rare violence : chaque armée n'hésitait pas à faire preuve des actes les plus sanglant. La cavalerie, presque intouchable, s'attaquait aux têtes qui volaient par centaines. Les Fedeïnes, petits mais robustes, n'avaient pas d'autre choix que de couper les jambes des pauvres chevaux afin de désarçonner leurs cavaliers. Des groupes se formaient : on combattait ensemble, on se couvrait, se sacrifiait. La bataille durait... durait. Par on ne sait quelle chance, les Fedeïnes avaient retenu les hommes assez longtemps pour se réorganiser dans le château et préparer une nouvelle défense. Mais la stratégie continuait : une fois la défense assez affaiblie, les hommes pénétrèrent dans la forteresse, couverts par leur cavalerie. La grande majorité de l'armée Fedeïne était tenue à l'écart de la bataille, en dehors de son propre château.
Mais à ce moment là, une chose imprévue dans le plan des hommes se produisit : une herse s'abattit au niveau du pont-levis, séparant du même coup la cavalerie de Irqus des soldats fantassins de Artus. L'armée étant divisée, elle était affaiblie. Mais la surprise ne s'arrêta pas là : des archers, cachés sur les chemins de ronde, encerclèrent les soldats. Ainsi, les archers Fedeïnes qui ne couvraient au départ que le côté attaqué du château, couvraient maintenant tout le pourtour du château. Les accès aux chemins de ronde avaient été obstrués, ne laissant la place que pour laisser passer un homme à la fois.
Bloqués, bêtement. Les hommes avaient été (une fois de plus) trop sûr d'eux... Une partie de leur armée était dehors et allait se faire coincer entre le reste de la défense et de l'attaque, et la herse surmontée par des archers. L'autre partie à l'intérieur, tels des gladiateurs dans une arène. Pendant tout ce déroulement, Harchouk et Edwin étaient montés sur le chemin de ronde avec les archers pour observer la bataille. Evidemment, le combat qui opposait les deux belligérants n'avait pas terminé à temps. Le chevalier restait l'esclave des Fedeïnes, ce qui empêchait le jeune homme de combattre auprès des siens.
Les hommes étaient vulnérables et Harchouk n'allait épargner personne : lui-même était tombé dans une forme de folie, qui avait fanatisé ses idées, pourtant nobles au départ.
"Soumettez-vous à nos idées et nous vous épargnerons ! traduisit un Fedeïne d'après les paroles du géant.
Les soldats ne savaient où regarder pour voir leur interlocuteur, mais avaient compris le message.
- Jamais, soyez damnés ! Les humains ne se soumettront jamais !
- Vous êtes esclaves de vos défauts, vous ne méritez de toute façon pas notre aide.
- Dans ce cas, c'est la fin de notre race...
- J'en ai bien peur !
&Cced;a se passa en une fraction de seconde : le géant leva la main, et tous les archers tirèrent en même temps. Dehors, la cavalerie fut submergée par les fantassins et archers. La cour du château et la basse-cour n'étaient plus que des marécages de sang. C'était la fin de l'espèce humaine ; l'armée désespérée menée par le général Artus et le capitaine Irqus avait accueilli dans ses rang les derniers hommes que portait encore la Terre.

C'était une vision terrible : tant d'hommes, tant de vies qui auraient pu être épargnés s'ils avaient daigné mettre de côté leurs fierté...

Pour Edwin, c'était le trou noir ; son état mental déjà chamboulé par ses mois passés dans la forteresse, s'aggravait devant cette vision, sa folie était à son comble...
"Vous allez tous payer pour vos crimes !!!"
Fou de rage, il prit son trident à deux mains et s'élança vers le premier archer qu'il vit ; il l'égorgea avec fureur. Puis un autre... et encore, et encore... Les archers étaient surpris d'une telle folie après leur valeureuse victoire. Edwin avait maintenant fait le tour des chemins de ronde. Avec on ne sait quelle force, il avait littéralement massacré la soixantaine d'archers qui restaient encore sur les remparts.
Il ne restait plus personne ; les hommes massacrés par les Fedeïnes, les Fedeïnes tués par le dernier des leurs. Terrible destin pour les vainqueurs épuisés par la bataille... Les archers avaient été les derniers Fedeïnes encore sur pieds ; les fantassins s'étaient battus vaillamment contre la cavalerie de l'autre côté de la herse, mais y avaient laissé leurs vies... Il n'y avait plus que deux combattants, et pourtant on se croyait au début de la bataille.

Après avoir accompli cette tuerie, le chevalier s'en prit au géant ; il lui sauta dessus dans un cri de désespoir...

Retour haut