Chapitre 10

Un pan du mur s'ouvrit devant ses yeux, découvrant la fameuse chapelle d'axe.
L'endroit était très sombre, l'atmosphère était lourde et froide, la pierre humide et érodée. Mais l'odeur... l'odeur était terrifiante. Edwin ne la connaissait que trop bien. Elle lui rappelait avec une fidélité horrible les odeurs qui flottaient sur un champ de bataille quelques jours après : la mort... Edwin savait que le corps qui gisait dans la pièce était en pleine décomposition... Mais loin d'être un mort encore frais. A cette odeur cadavérique s'ajoutait une puanteur ambiante d'urine : les conditions de la mort de la personne avait dû être insupportables. Edwin ne voyait pas le corps mais le sentait tout près. Après une minute, les rétines du chevalier s'étaient faites à la lumière. Et à présent, non seulement il sentait la mort, mais il le voyait : devant lui, adossé contre un mur, l'homme était, comme il l'avait prévu, en pleine décomposition. Mais l'homme n'était pas mort d'une mort lente : sa tête était traversée d'une hache. Et pas une hache comme les autres : sa taille était bien trop importante pour qu'elle ait été portée par un Fedeïne ou même par un humain... mais par un géant... Edwin commençait à comprendre...
Le jeune homme contemplait toujours le pauvre homme lorsqu'une voix rauque retentit derrière lui :
"Ne reste pas là ! Sors, pauvre fou ! Sinon tu subiras le même sort que lui !
La voix était faible, mais c'était celle... d'un humain ! Comment était-ce possible ?! Edwin pensait pourtant être le premier homme que rencontraient les Fedeïnes !
- Qui êtes-vous ?
- Sergent Nitro !
- Comment êtes-vous arrivé ici ? Ce château n'a jamais été annexé par les hommes !
- Non, mais mon village l'a été par les géants.
- Les géants ? Mais, ils ont tous disparu !
- Oui. Mais durant leur période de règne, ils pillaient les villages sur leur passage, avant de s'installer dans cette forteresse au milieu de nulle part. J'ai eu le malheur d'habiter dans un de ces villages. J'ai été miraculeusement épargné par les géants : ils voulaient garder un homme pour pouvoir exploiter ses connaissances. Malheureusement pour eux, nous ne parlions pas la même langue. J'étais donc inutile. Au lieu de me relâcher, il m'ont enfermé ici, avec (à l'époque) un autre homme ayant subi le même sort que moi (le vieux soldat pointa du doigt le cadavre), mais il n'a pas survécu... Je ne dois la vie qu'aux Fedeïnes : grâce à eux, j'ai pu communiquer avec Harchouk.
- C'est donc toi qui as écrit les lettres... &Cced;a explique beaucoup de choses...
- Les Fedeïnes comprennent mon langage mais ne peuvent pas l'écrire... Seulement, j'ai vite compris les envies de Harchouk et celles des Fedeïnes, et elle ne sont...

L'homme avait soudainement arrêté de parler. Son visage était bloqué sur une drôle d'expression. Et puis, comme poussé par une force invisible, il tomba sur la face, dévoilant, dans son dos, un poignard enfoncé entre ses deux omoplates.
Le mur de pierre était ouvert, et l'éclairage venant de l'intérieur de la chapelle éblouissait Edwin, mais il aurait, dans tous les cas, reconnu la silhouette qui se tenait devant lui, car elle ne passait jamais inaperçue : c'était Harchouk ! Il était accompagné d'un Fedeïne (sûrement pour la traduction) :
- P... Pourquoi as-tu fait ça ?
- Il commençait à dévoiler mes plans, mais tu en sais déjà trop...
- Que veux-tu dire ?
- Ha ! Tu n'as toujours pas compris, quel naïf tu es...
Edwin avait bien peur de comprendre...
- Tu as dis que tu voulais nous aider, mais pas nous exterminer !
- Tu es trop gentil Edwin ! Mais crois-tu vraiment que ton peuple acceptera la soumission ? Je ne connais ton peuple que trop bien, leur fierté les en empêche !
Le géant était terrifiant : il portait dans une main une hache gigantesque à double tranchant, et dans l'autre une masse d'armes qui devait bien peser une tonne.
- Mais maintenant, c'est trop tard, tu connais mes intentions, je ne vais pas te laisser les compromettre !
- Très bien, dans ce cas, battons-nous.
- Quoi ?
C'était la surprise générale : Edwin, se battre avec Harchouk ? Même le plus courageux des géants n'avait pas osé se frotter à ce colosse, alors un humain !... Mais Edwin était sérieux ; était-il encore enivré par la folie ? Sûrement plus... Le chevalier se justifia :
- Si je gagne, tu laisses mon peuple en paix. Si tu gagnes, je les persuaderai te se soumettre à tes ordres.
- Ce n'est donc pas un combat à mort...
- Non, mais à armes égales.
- Très bien, nous allons nous amuser !
Harchouk déposa lourdement ses armes sur le sol humide de la chapelle et sortit une épée, similaire à celle d'Edwin.
- Les Fedeïnes seront les juges.

En dix minutes, ils se retrouvèrent dehors, dans la cour, entourés des animaux. Un Fedeïne se mit au milieu pour arbitrer le combat.
- En garde ! Prêts ? Combattez !
Le combat était lancé, c'était celui de deux peuples, chacun pour leur honneur et leur liberté...
Au combat, Edwin était plus habile que Harchouk ; il était souple, rapide et entraîné. Mais le géant était puissant ; si Edwin était atteint par un seul de ses coups, il lui serait fatal, il n'avait donc pas droit à l'erreur. Bien que les forces furent inégales, les atouts et les faiblesses des deux combattants s'équilibraient : l'endurance du géant était surpassée par la rapidité d'Edwin, et les coups habiles mais peu puissants du chevalier n'épuisaient guère le roc qu'était Harchouk.
Le combat durait... durait... Parfois, l'un prenait le dessus pendant quelques minutes, puis se faisait à nouveau dépasser, et ainsi de suite... Le combat durait depuis une heure ; toutes les dix minutes, ils faisaient une pause, courte, mais qui leur permettait de reprendre leurs forces. Puis les heures défilèrent, et encore, et encore. Un homme sans volonté n'aurait pas tenu, mais les deux combattants avaient une telle rage de vaincre, qu'aucun des deux ne voulait céder : lorsqu'Edwin affaiblissait le géant, celui-ci devait laver l'affront pour repasser devant à son tour. Et encore, et encore... Le combat se comptait non plus en heures mais en jours. Les pauses avaient évidemment été rallongées, passant de la minute à l'heure puis de l'heure au jour. Le combat était devenu une rencontre quotidienne entre les deux hommes. Chaque jour, le thème changeait : tantôt la lance, la hache, ou encore la dague. Aucun des deux combattants ne voulait céder de peur de perdre son peuple.
Mais un jour, alors qu'ils combattaient rageusement avec un trident d'une main et un bouclier de l'autre, une chose anormale se produisit...

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