Chapitre 4

L'aube s'était levée sur la forteresse Fedeïne, donnant aux pierres anciennes un ton rougeâtre et fragile...
Edwin dormait depuis huit heures, il avait un goût âcre dans la bouche : il n'avait pourtant rien bu ?
Edwin ne se rappelait pas en détails de sa conversation avec le géant Harchouk ; les Fedeïnes peuvent-ils influencer la mémoire ? se dit Edwin.
"Nos pouvoirs sont grands, mais nous n'avons pas cette possibilité !"
Dans un coin de la pièce venait de surgir le petit Fedeïne qui était déjà venu le chercher la première fois, un plateau à la main :
"Alors comment se fait-il que je ne me rappelle pas de grand-chose ? continua Edwin à voie haute cette fois.
- Nous n'y sommes pour rien, mais nos potions le peuvent : notre savoir est plus avancé que le vôtre, humains...
C'était donc ça le goût amer qu'Edwin avait en bouche !
- Comment comptez-vous attirer l'attention des humains avec moi s'ils sont si égoïstes que vous le dites ? Dans votre logique ils ne viendraient pas me sauver ? dit Edwin en ignorant la dernière phrase télépathique du Fedeïne.
- Tu pourras en discuter avec Harchouk cette après-midi. Pour l'instant reste tranquille !
Le Fedeïne se retourna pour sortir du donjon :
- Attends ! Ca fait deux fois que je te vois et je ne connais toujours pas ton nom !
- Je suis Erdeïne, fils du grand Gurdeïne. Ça te va ?
- Merci !
Erdeïne sortit du donjon, déposant le plateau, rempli de fruits et d'une cruche d'eau, laissant encore une fois Edwin seul ; il devait s'occuper... Il lui fallait faire quelque chose sinon il sombrerait dans la folie dans l'attente de ses amis.
Mais quoi ?!...
Il but une gorgée d'eau ; bien que cela fît deux jours qu'il n'avait pas bu une seule goutte, le breuvage lui sembla avoir un drôle de goût... Encore une potion ?!
Alors qu'il scrutait la pièce, comme absorbé dans un rêve, il remarqua sur le linteau de la cheminée, un rouleau de parchemin. Il le prit, le déroula ; il était vierge : étrange ! Pourquoi lui laisserait-on un rouleau de parchemin ?! Après quelques secondes de réflexion, il se rendit compte qu'il pouvait improviser une plume avec un bout de bois très fin qu'il taillerait en pointe avec son épée (qu'on lui avait laissée d'ailleurs : il avait encore été drogué de façon à ne pas s'en servir ?!), mais pour l'encre... Il restait de la cendre dans l'âtre, avec l'eau que Erdeïne lui avait laissée il pourrait obtenir ne serait-ce qu'un liquide coloré : cela devrait suffire.
Mais au fait, qui avait décidé de le faire écrire ; sa propre conscience, ou les Fedeïnes avec la potion qu'ils lui avaient versée dans son eau ? Depuis qu'Edwin connaissait leurs pouvoirs, il était de plus en plus énervé de ne plus savoir qui décidait de ses propres "initiatives" !
C'était terrifiant de savoir qu'ils avaient le contrôle de lui-même.
Edwin commença donc à écrire. Il débuta avec ces mots :

"Mémoires :
Je me nomme Edwin III, fils du grand Edwin II, souverain du royaume des humains : Jernin. Il y a quelques semaines, j'ai été appelé à passer mon épreuve de promotion de chevalier ; j'ai été envoyé dans un château "abandonné" depuis le dojon duquel j'écris ces quelques lignes. J'y ai rencontré des bêtes étranges : les Fedeïnes ; ils ont exterminé les anciens habitants de la forteresse, des géants, dont il ne reste qu'un individu : Harchouk, qui leur sert de guide et de professeur de sa culture. Maintenant, ils veulent s'en prendre au seul peuple qui leur résiste encore : nous, les humains. Il veulent m'utiliser afin de faire chanter notre espèce : je suis l'unique héritier du royaume.
J'ai... ..."

Edwin fut interrompu par un bruit : la porte de pierre s'ouvrait à nouveau. L'homme se hâta de cacher son parchemin et sa plume entre les lattes du plancher ancien.
C'était Erdeïne, encore :
"Tu as bu ?...
Le Fedeïne avait pensé la question avec timidité.
- Non, mentit Edwin.
- Il le faut ! répliqua la bête.
- Pourquoi ? Si je n'ai pas soif ? s'entêta Edwin.
Erdeïne, mal à l'aise, ne savait plus quoi répondre, il réfléchit, et conclut :
- Inutile de me mentir, je sais ce que tu as fais !
- Pourquoi voulez-vous que j'écrive ! Qu'est-ce que ça vous apporte ?! Vous avez déjà un support : mon cerveau ; inutile de l'avoir sur parchemin !
- Où est-il ? Le parchemin.
- ...
- Ne m'oblige pas à employer la force ; je ne te veux aucun mal !
- Dans ce cas, laisse-moi certaines libertés !
- Je ne peux pas... murmura l'animal.
- Ton souverain t'en empêche, déduit Edwin, pourquoi lui obéis-tu ?
- Si je refuse d'obéir, je serai exilé ! Je n'ai pas d'autre endroit où aller. De plus, Hurteïne (notre chef) sait tout de nous : il peut lire non seulement dans les pensées des autres espèce, mais aussi dans NOS pensées !
- Très bien, se résigna Edwin, le voilà.
Il sortit le parchemin du plancher et le tendit à Erdeïne :
- Non, c'est bon, je devais juste le voir.
Le Fedeïne sortit, soulagé.
Edwin se recroquevilla dans son coin habituel, attendant l'après-midi où il pourrait poser ses questions à Harchouk.

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