Chapitre 2

Une odeur... Du feu ? Non, autre chose avec... De la nourriture ?

Cette pensée ramena Landreck à la dure réalité de son ventre vide. Gardant les yeux fermés et conservant un rythme de respiration lent et profond, il se remémora les événements de la veille. Le fait qu'il ait faim indiquait clairement qu'il vivait. Et s'il vivait après avoir été empoisonné, c'est qu'il était prisonnier de son empoisonneur... Il sentit un mouvement sur la couverture sous laquelle il se trouvait. Une ouverture, à n'en pas douter.

Ouvrant les yeux et se relevant rapidement, il saisit un poignet, retourna le bras dans le dos et mis son adversaire à terre, une main sur la gorge, scrutant la pièce à la recherche d'autres opposants.

"Tu pourrais lâcher mon clone ?" lui demanda une voix féminine dans son dos au moment où les mains de Landreck ne rencontraient plus que du vide sous elles, et qu'il sentait une dague entre ses omoplates.
"Volontiers, maintenant que je sais où tu te trouves.", répondit Landreck, se téléportant dans le dos de la jeune femme, la désarmant et la mettant à terre, attrapant l'assiette contenant une viande douteuse au passage.
"Bon ! Maintenant tu vas me dire où je suis, qui tu es et pourquoi je suis encore en vie. Le tout sans bouger un membre et sans te tromper d'ordre." dit landreck d'une voix dure, serrant sa prise sur la nuque fine de la disciple de Sram.
- Je me nomme Lys et...
- J'ai dit de commencer par "où suis-je" ! l'interrompit brutalement Landreck. Il détestait ne pas comprendre ce qui lui arrivait.
- Tu es en sécurité, dans une maison de Bonta, loin de l'aire d'action directe de Justice. Je me nomme Lys et t'ai maintenu en vie grâce à ma connaissance des poisons, récita-t elle d'une voix froide.
- Admettons. Pourquoi m'as-tu sauvé ? Et comment sais-tu que Justice en a après moi ?
- Je répondrai dans le désordre, cette fois, si tu veux bien, commença-t-elle avec un sourire, ironique. Je t'ai vu massacrer les trois tueurs de Justice. Tu es donc un mort encore plus en sursis que le reste des gens vivant dans cette ville maudite. Je t'ai empêché de mourir parce que j'ai besoin de toi.
- Besoin ? Pour quoi faire ?
- Commence par me lâcher et cesse de me considérer comme une ennemie. Le parquet est assez dur, tu sais, ça n'est pas très galant de me laisser ainsi", ajouta-t-elle en souriant.

Landreck fit une moue, hésita un instant, puis lâcha la demoiselle, se maintenant cependant à une distance respectable. Il en profita pour détailler son hôte. Une jolie jeune femme - un peu trop grande à son goût cependant. Un corps élancé taillé pour la vitesse et visiblement habitué au combat. Ses iris rougis par les drogues couramment utilisées par les disciple de Sram pour développer leurs aptitudes contrastaient avec ses cheveux châtains, réunis en une queue de cheval. Des formes assez généreuses mises en valeur par des habits de combat des plus légers et...
"T'en as pas marre de te rincer l'oeil, si ? lui demanda-t-elle, une moue boudeuse sur le visage.
- J'observe ce qui pourrait devenir mon adversaire, gamine. Sans mon bâton je me dois d'être prudent. répondit Landreck, mâchonnant nonchalamment une bouchée de viande.
- Je n'ai pas l'intention de me battre. Je voudrais te parler.
- Pas besoin d'armes pour parler. Jette tes dagues. Le ton était sans réplique.
Jetant ses armes sur le lit - Bon. Maintenant que les formalités sont terminées, pouvons-nous continuer ?
- Nous le pouvons. Pourquoi as-tu besoin de moi ?
- À mon tour de poser une question. Tu sais que les assassins de Justice te retrouveront. Je sais aussi que tu as réussi à entrer dans la salle des dirigeants, et que tu y as parlé avec Manta. Quels sont exactement tes liens avec lui ?
- Je refuse de répondre à cette question. Répond à la mienne.
- Vraiment... Lys sourit. Tu es impossible. Soit. J'ai besoin de toi pour démanteler Justice et éliminer tous les dirigeants.
- Et tu comptes faire ça toute seule ? Le regard de Landreck en disait long sur son opinion concernant la santé mentale de la Sram.
- Eh bien non, je viens te proposer de me rejoindre, nous serons donc deux. Lys lui rendit un sourire franc mais plein d'intelligence. Tu seras obligé de te battre, que tu le veuilles ou non. La question est : les attendras-tu, ou iras-tu les frapper en premier ?
- Gamine, tu me proposes d'aller faire la guerre à la plus puissante organisation de ce monde à deux.
- Ça vaut mieux que de la faire tout seul, non ? Manta veut ta perte, il l'a bien fait comprendre. Tu as Varn, son bras droit, aux fesses, et il n'agit pas dans la dentelle. Ne t'imagine pas être en sécurité dans la foule. Tu ne seras nulle part en sécurité tant qu'il te poursuivra.
- Donc ici non plus. Au revoir. Landreck se dirigea vers la sortie.
- Es-tu stupide ? Si tu sors, tu mourras ! Tu as failli perdre contre Kahl et ses compagnons, hier. Je ne dis pas qu'ils étaient les plus faibles de Justice, mais ils ne sauraient être comparés à Varn et sa clique ! Il n'est pas devenu bras droit de Manta par hasard. Il n'est pas à prendre à la légère.
- Hier, je m'amusais. Si ce Varn vient me voir en public, je me battrai sérieusement, voilà tout. S'il est si fort que ça, m'allier à une gamine comme toi ne changera rien à la donne, de toute façon. Le ton de Landreck était dédaigneux, mais amusé.
- Alors je me permets de te signaler que si tu fais un pas de plus, le piège que j'ai posé à la porte te privera définitivement de ta virilité. Pas mal, pour une gamine, non ?
Regardant craintivement le sol devant lui - Je suppose que je dois accepter de reconsidérer ta proposition pour pouvoir partir en un seul morceau ?
- Nous allier est encore la meilleure chose à faire. Je veux éliminer Justice, Justice veut t'éliminer. Seul, tu es condamné. Avec moi, tu as une chance de survivre.
- Et cette chance, c'est de t'aider à tuer celui qui fut mon meilleur ami.
- Il n'est plus lui-même, tu devrais l'avoir remarqué, répondit-elle, ses yeux soudain empreints d'une tristesse infinie.
- Quels sont tes liens avec lui ?
- Je refuse aussi de répondre à cette question." Sa réponse était un peu trop brusque.

Landreck regarda longuement la jeune fille. Il connaissait ce visage. Où l'avait-il vu... Soudain le souvenir lui revint. "C'est d'accord. Mais avant que tu ne m'explique tes plans, je voudrais aller voir un ami, au centre de la milice. Peut-être pourrais-je le convaincre de nous accompagner.
- Quel est son nom ? Lys était soudain sur la défensive
- Je doute que tu le connaisses. Il se nomme Mandore.
- En effet, je ne le connais pas. Elle dévisagea quelques instants Landreck, méfiante. Et ce Mandore saurait nous aider ?
- À n'en pas douter. Mais j'ai besoin que tu m'accompagnes, après tout, c'est toi qui cherches des alliés, gamine.
- Pourriez-vous cesser de m'appeler gamine ? Je vous ai donné mon nom.
- Comme tu veux, gamine. Je te sens bien tendue, tu as un problème avec la milice ? Son ton était soudain conciliant, presque paternel.
Détournant les yeux - Rien de grave... Et puis, vous êtes connu là bas, non ?
- Assez... Landreck garda les yeux dans le vide quelques instants, pensif. Nous y allons ?
- Je vous suis.
- Et le piège ?
- Allons... Vous pensez vraiment qu'un piège émasculateur existe ?" lui répondit une Lys hilare.
Un peu renfrogné et déçu de s'être laissé tromper, Landreck ouvrit la marche.


La milice était un énorme bâtiment percé d'une grande cour intérieure, où l'on faisait s'entraîner les jeunes recrues. Elle était constamment encombrée de gardes et de badauds, et si elle n'était pas l'endroit le plus sûr de Bonta, elle était sans doute l'un des plus animés. Tout du moins, avant la prise de contrôle de Justice. À présent le vieux bâtiment semblait mort, et seuls quelques miliciens moroses patrouillaient ici et là.

Lys s'était emmitouflée dans une large cape noire qui la dissimulait totalement aux regards des autres. Landreck avançait avec une démarche nonchalante, sa grande cape flottant derrière lui, un sourire goguenard sur les lèvres.
"Nous y voilà enfin... déclara-t-il d'une voix trainante dans le hall.
- Faites vite, cet endroit ne me plait pas.
- Comme tu voudras... MANDORE !
Sa voix résonna longtemps dans l'immense hall vide
- Qu'est-ce que tu me veux encore, Landreck ? Si ce sont d'autres informations sur "tu sais quoi", tu peux retourner chez toi, tu sais bien que...
- Rien de tout cela, mon vieil ami..."

Avec une vitesse incroyable, il se retourna et faucha de sa jambe celles de Lys, qui s'écroula sur le sol pavé avant de se retrouver immobilisée, les deux bras maintenus dans le dos par la poigne de fer de Landreck
"Je suis juste venu accompagner une tête mise à prix qui a décidé de se livrer gentiment, déclara-t-il avec un grand sourire.
- Landreck ! Ordure ! cria Lys.
- Cause toujours gamine... Je savais bien que je connaissais cette tête. Lys Merkyle, poursuivie pour vol de documents officiels concernant les actions de Justice et agression envers certains de ses membres. Je n'ai rien à dire pour les bagarres, mais ces papiers m'intéressaient.
- Il te suffisait de t'allier à moi pour les voir, crétin ! Lys hurlait, à présent, hors d'elle.
- Je n'aurai qu'à fouiller ta maison pendant ton séjour dans les geôles. Je pense que j'aurai besoin de moins de temps pour trouver ces documents dans le fouillis de ta chambre que toi pour sortir d'ici.
- Ne parie pas là-dessus, salaud de chasseur de primes. Une étincelle de haine brûlait à présent dans les yeux de Lys.
- Chacun son métier, gamine. Dis-toi au moins qu'ici tu seras en sécurité pendant que moi j'irai massacrer Varn et ses potes."

Les dernières paroles de Landreck se perdirent dans le hall tandis qu'il s'éloignait, un sourire ravi sur le visage et une bourse bien pleine tintant à sa ceinture. Sacrée gamine. Elle avait vraiment marché... Un léger remord l'étreignit soudain... Bah. Il allait le chasser avec une bonne bière et un bon repas. Landreck était de ceux dont les états d'âme dépendaient surtout de son estomac. Que Manta, Varn et tous les démons de l'enfer lui tombent dessus, ils y laisseraient les dents ou la vie, selon leur acharnement. Entrant dans la première taverne venue, il jeta un "Patron, une bière et à manger pour dix" et une grosse pièce d'argent sur le comptoir.


Au coin de la rue, un grand homme adossé au mur attendait. Un autre homme, plus petit, filiforme, vint lui murmurer quelque chose. Un sourire cruel naquit sur le visage du grand.
"Je t'ai trouvé, Landreck..."

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